La scaphandrière: superbe plongée dans l'âme

Seul sur scène, Julien Frégé joue tous les... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Seul sur scène, Julien Frégé joue tous les rôles, directement ou en se servant d'une caméra pour évoquer un membre de la famille.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) La scaphandrière clôt en beauté la trilogie de pièces que Les Gros Becs ont consacrées aux gars ces dernières semaines. Il s'agit d'une superbe pièce, touchante, sur le triomphe d'un frère et d'une soeur sur le malheur, la dépendance et le coeur noir des hommes, pièce magnifiée par la splendide écriture de Daniel Danis et la mise en scène créative d'Olivier Letellier.

Au début du récit, Pierre, 10 ans, et Philomène, 15 ans, vivent sur les rives d'un lac avec leur père, une loque humaine, et leur mère mégère. Le père plonge dans le lac toxique à la recherche de perles rouges qui va les arracher à la pauvreté. Victime de son entêtement et de ses illusions, il perd peu à peu la raison. Après sa mort, la mère reprendra les plongées, avec des conséquences aussi funestes.

Ensuite, Philomène, une ado mal dans sa peau, se fait arnaquer le petit pécule familial par des requins, qui lui tournent autour pour faire battre son coeur. Son frère tente tant bien que mal de la remettre dans le droit chemin. Mais elle aussi se met à plonger et souffre de cette étrange ivresse des profondeurs causée par le lac maudit, jusqu'à la métamorphose et un tragique accident, qui force Pierre à s'enfoncer dans l'eau avec une étrange machine : la scaphandrière.

La scaphandrière propose un univers fantaisiste empli de poésie. Le récit est captivant et aborde sans avoir l'air d'y toucher l'amour fraternel, l'estime de soi, le deuil, la pauvreté, l'enfance perdue, mais aussi le courage, l'espoir et la rédemption. Daniel Danis évite le prêchi-prêcha et use de sa langue singulière avec la juste dose pour émerveiller sans toutefois perdre les enfants.

Magnifique enrobage

À la mise en scène, Olivier Letellier a choisi, avec une belle intelligence émotive dans la direction d'acteur, de faire porter le récit par Pierre. Seul sur scène, l'étonnant Julien Frégé joue tous les rôles, directement ou en se servant d'une caméra pour évoquer un membre de la famille. Avec un lit, des photos et ses projections, ainsi qu'une bonne dose d'ingéniosité, Olivier Letellier construit un magnifique enrobage.

Il lui suffit de peu pour créer des images vivantes et fortes, comme ces deux cartons qui papillonnent de l'amour de Philomène. Il utilise parfois, mais avec parcimonie, l'écran à l'arrière pour projeter des lignes du texte qui sont narrées en voix hors champ. À la toute fin, ce sont les enfants qui lisent à haute voix la conclusion, un beau moment vécu jeudi.

Le Français est doué, mais on devine l'influence de Robert Lepage. Ce qui n'est guère surprenant : son scénographe Ludovic Fouquet a étudié l'usage des technologies dans l'univers du grand metteur en scène de Québec. On se croirait aussi chez Carbone 14 quand Julien Frégé fait tournoyer le lit, dans une scène d'une grande émotion.

En fait, c'est pas compliqué : cette superbe plongée dans l'âme humaine est l'une des meilleures pièces de l'automne, à Québec, tous théâtres confondus. La scaphandrière (dès 10 ans) est présentée aux Gros Becs jusqu'au 25 novembre.

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