Le projet Laramie: haine et compassion

Le projet Laramie est une pièce documentaire qu'il... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Le projet Laramie est une pièce documentaire qu'il faut voir pour honorer la mémoire de toutes les victimes de crimes haineux et pour tous ceux et celles qui souffrent de discrimination.

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(Québec) Le projet Laramie est un moment fort de l'actuelle saison de théâtre, autant en raison de sa forme documentaire que de son propos d'une profonde humanité. En faisant revivre les derniers moments de Matthew Shepard, battu à mort en raison de son homosexualité, la pièce de Moisés Kaufman et du Tectonic Theater Project révèle le meilleur - la compassion - et le pire - la haine - de la condition humaine.

Le projet Laramie, qui prenait l'affiche la semaine dernière, narre les tragiques événements qui ont mené à la mort de Matthew Shepard, 21 ans, le 12 octobre 1998, et les répercussions sur la population de Laramie, au Wyoming, où se sont déroulés les funestes événements. Les spectateurs plongent au coeur d'une société tissée serré, typique d'une Amérique enfermée dans ses croyances et qui cache sa peur de la différence sous la bannière du «vivre et laisser vivre».

Les membres de la troupe de théâtre new-yorkaise ont réalisé plus de 200 entrevues pour élaborer leur pièce, qui utilise les mêmes techniques qu'un film documentaire : montage, entrevues alternées, points de vue différents, narration... Elle commence par circonscrire son sujet. Une fois que le spectateur a une bonne idée sur Laramie et sa population, elle entre dans le vif du sujet : le meurtre abject de Matthew Shepard. L'homicide homophobe nous est décrit par l'entremise des procès des deux meurtriers, Aaron McKinney et Russell Henderson.

De façon remarquable, Le projet Laramie s'évertue aussi à décrire les nombreuses victimes de cette folie meurtrière. Les proches, évidemment, mais aussi toute la population, déchirée et traumatisée par les événements qui viennent troubler leur quiétude. La pièce met ainsi en relief la profonde hostilité contre les gais de gens aveuglés par les préjugés et les dogmes religieux et pose la question de la responsabilité sociale. Ses auteurs ne portent pas de jugement, laissant les spectateurs tirer leurs conclusions.

Dans cette volonté de décrire objectivement les faits, les membres de la troupe de théâtre sont sur scène pour mettre en contexte les entrevues entendues. Ils se glissent ensuite dans la peau des habitants de Laramie. Gill Champagne a choisi de faire en sorte que les acteurs jouent pour leurs collègues situés à l'extrême gauche de la scène.

Ça se défend, mais sa mise en scène provoque ainsi une distance qui n'est pas nécessaire puisque la forme documentaire crée d'ores et déjà une distanciation. Résultat, les spectateurs se sentent moins interpellés, ce qui est malheureux puisque l'ensemble s'avère parfois laborieux dans sa surabondance de détails. Déjà que le climat est lourd, climat que certaines touches d'humour viennent heureusement détendre. Vers la fin, les acteurs s'adressent directement à nous, l'émotion passe mieux de la scène vers la salle.

Gill Champagne a mis beaucoup d'efforts dans sa direction d'acteurs, avec de bons résultats. Le jeu est tout en retenue, laissant toute la place au récit, fort bien construit. Fabien Cloutier, en particulier, Kevin McCoy, Linda Laplante, Jean-Sébastien Ouellette et Andrée Samson, entre autres, sont d'une justesse remarquable. La très bonne traduction et adaptation québécoise d'Emmanuel Schwartz ne nuit pas...

Le sujet et l'approche imposaient, il me semble, une scénographie épurée, option retenue par Jean Hazel. Son plateau est recouvert en grande partie de sable et de pierres, qui évoquent les espaces fouettés par le vent du Wyoming, surmonté d'un écran sous-utilisé qui fait toute la largeur. Il recrée le ciel bleu parsemé de nuages, qui devient noir puis rouge au fil des événements tragiques.

Au final, Le projet Laramie demeure une pièce marquante qui interpelle chacun de nous et force la réflexion sur nos actions et nos attitudes. Il faut la voir pour honorer la mémoire de Matthew Shepard, certes, mais aussi celle de toutes les victimes de crimes haineux, ainsi que pour tous ceux et celles qui souffrent de discrimination parce qu'ils ont le malheur d'être différents. Pour que des parents et des proches n'aient plus à dire : «Il est entré dans le monde de façon prématurée et l'a quitté de façon prématurée.»

Le projet Laramie demeure à l'affiche du Trident jusqu'au 1er décembre.

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