Jusqu'à la lie: règlement de comptes

Dans Jusqu'à la lie, un père (Denis Marchand)... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Dans Jusqu'à la lie, un père (Denis Marchand) refait surface après 28 ans pour rétablir les ponts avec sa fille enceinte (Sophie Thibeault).

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Jusqu'à la lie, la première pièce d'Amélie Bergeron, aurait tout aussi bien pu s'appeler «Père absent, fille sauvage». Ce huis clos en forme de règlements de compte familiaux, dont elle assure aussi la mise en scène à Premier Acte, s'avère beaucoup plus intéressant pour le duel qu'il propose que les thèmes qu'il aborde, somme toute convenus.

Lorsque Gérard entre dans le bar de Marie, un soir d'orage, on comprend assez vite que les liens qui les unissent dépassent la simple discussion entre un client et une barmaid. La pièce n'est pas un suspense, mais bien un drame psychologique : le père refait surface 28 ans plus tard pour rétablir les ponts avec sa fille enceinte.

L'échange cède rapidement la place à la confrontation, puis, fatalement, à l'affrontement. Chacun voulant exorciser les démons de leurs vies gâchées par la rupture des parents en se livrant à du chantage affectif - chacun doit boire son calice jusqu'à la lie. Héritage, filiation, liens affectifs, tradition, dépendance affective, secrets familiaux sont tous conviés à l'altercation. Les rapports de force aussi, entre deux individus dont les rêves de vie semblent aux antipodes.

Le duo semble jouer au chat et à la souris à tour de rôle. Le seul problème, c'est que le personnage de Marie s'avère beaucoup trop monolithique pour que l'affrontement maintienne la tension dramatique.

Finesse et justesse

Sophie Thibeault campe, sans trop de nuances, une furie qui monte sur ses grands chevaux sans jamais en descendre - mais le texte ne lui en laisse guère le choix, en fait. À l'inverse, le débonnaire et mal dégrossi Gérard cache plusieurs failles qui se révèlent à chaque esclandre. Il faut souligner la finesse et la justesse du jeu de Denis Marchand. Sa performance est assurément l'intérêt principal de Jusqu'à la lie.

Amélie Bergeron a évidemment placé ses personnages face à face : Marie triturant nerveusement ses torchons derrière son bar, lui buvant sa bière en essayant de maintenir le contact. Puis le duo se tourne rapidement autour, changeant de place quand s'inversent les rôles dans cette dynamique de conflit.

L'intérêt d'un tel affrontement repose sur le non-dit, les silences qui s'éternisent, les hésitations et les phrases maladroites, qui en révèlent souvent beaucoup plus que les attaques verbales. En ça, Jusqu'à la lie s'avère réussie, surtout pour un premier texte. Mais il y aurait vraiment intérêt à donner plus d'épaisseur à Marie.

La représentation de ce soir sera suivie d'une discussion sur un des thèmes abordés dans la pièce.

Jusqu'à la lie demeure à l'affiche de Premier Acte jusqu'au 13 octobre.

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