Luc Guérin, qui l'accompagne en tournée de promotion, opine du bonnet. «Jouir, rire et pleurer sont les trois moments où les gens s'abandonnent. C'est notre façon de leur donner de l'amour. C'est noble. En fait, c'est presque un service essentiel.»
Les deux hommes, surtout Brière en fait, n'aiment pas beaucoup l'étiquette «théâtre d'été» accolée à la pièce - même s'il s'agit d'un vaudeville avec les portes qui claquent, les quiproquos et tutti quanti. «Il y a toutes sortes de théâtres, qui se valent autant. En autant qu'on ne tombe pas dans la facilité : je veux quelque chose de bien écrit. Si on snobe ça, on snobe une bonne partie de la population et on les prend pour des cons», s'exclame Brière.
D'ailleurs, ça marche. Haute pression est présentée cinq soirs à la salle Albert-Rousseau, ce qui est «très ambitieux». Mais si la salle est bondée, c'est plus qu'une pièce de saison au Périscope qui fait 20 soirs!
Deux zigotos
Bon, allons-y voir. Haute pression est l'adaptation de la comédie américaine Playing Doctor, dont le titre est plus révélateur. Robert Gagnon Jr (Éric Bernier), bien installé à Montréal, profite des largesses de son père magnat du pétrole albertain qui croit payer pour ses études en médecine. Le fils ingrat s'avère plutôt un auteur médiocre qui cohabite avec son ami acteur Jacques (Guérin), tout aussi poche. La belle vie, quoi. Jusqu'à ce que débarquent les parents.
Les deux zigotos paniquent et transforment l'appartement en clinique, avec la complicité d'une secrétaire improvisée, (trop) pleine de bonne volonté (Évelyne Rompré). Vous voyez le genre... Mais tout le monde s'accorde à dire que les spectateurs se bidonnent beaucoup.
Car si le scénario est mince, Rompré et Guérin y livrent de formidables numéros comiques, s'enflamme Brière, qui en a pourtant vu d'autres. «On pourrait surfer sur l'acquis, mais ce genre de comédie de situation ne permet pas ça. Ça requiert une rigueur et une précision d'acteurs et ils sont hallucinants. Ils sont énormément à l'écoute du public. C'est un travail continuel, même après une quarantaine de représentations.»
L'amour du métier
«Moi, j'aime ça aller les chercher et c'est un plaisir de le faire, dit Luc Guérin. On appelle ça l'amour du métier. C'est ce qui motive. Et on a du fun. Certains soirs, je ris autant que le public. Il y a même un soir où j'ai perdu mes fausses dents, qui sont tombées dans la première rangée.» Les deux hommes se bidonnent. Et déconnent. Évidemment, deux comiques comme ça autour d'une table...
Faut dire aussi que Guérin a trouvé un rôle à sa mesure avec Jacques. Puisque Robert est prêt à payer pour chaque «patient» qu'aura trouvé Jacques, ce dernier décide de les interpréter tous - c'est le rôle de sa vie. «J'ai toujours aimé personnifier», raconte celui qui endosse les neuf rôles de Jacques, parfois à une vitesse folle, mais avec beaucoup de plaisir. «Il est tellement mauvais. Pour un acteur, c'est jouissif.»
Ce qui n'est pas aussi facile que ça en a l'air, précise Benoît Brière. «Tu joues au mauvais acteur qui est convaincu qu'il est très bon. C'est pas évident, parce que c'est de la strate. Il faut faire le mariole, tout en étant investi de ce qu'il a décidé de faire pour son chum.»
Outre Bernier, Rompré et Guérin, la distribution comprend les comédiennes chevronnées Violette Chauveau et Sylvie Potvin, le tout dans une mise en scène d'Alain Zouvi. Le succès était presque garanti...
Vous voulez y aller?
QUOI : Haute pression
QUAND : du 19 au 23 septembre, 20h
OÙ : salle Albert-Rousseau
BILLETS : 47,50 $
RÉSERVATION : 418 659-6710