Quand est venu le temps d'écrire Caminando & Avlando, qui sera présentée face à la magnifique baie de Tadoussac à compter du 8 août, comme à chaque été depuis 2004, Agnès Zacharie a puisé l'inspiration chez un ami. La grand-mère de celui-ci a vécu une histoire d'amour et d'espoir à peine croyable.
À un très jeune âge, Jeanne Nadjari a quitté l'Europe pour la Grèce. À 10 ans, elle est éperdument amoureuse de son cousin, qui déménage en Égypte. Il lui promet qu'un jour, il reviendra et ils se marieront. Mais c'est elle qui, à 17 ans, part le rejoindre au pays des pharaons.
L'histoire aurait pu en rester ainsi : ils se marièrent, eurent des enfants et vécurent heureux. C'était sans compter sur les Nazis. «Toute la communauté juive [de Grèce] a été déportée et exterminée. Elle a perdu sa famille complète», raconte Mme Zacharie.
Le résultat : «Caminando & Avlando», une expression familiale qui signifie marche en parlant. Ou explique-moi, mais avance, passe à autre chose. Qui prend une signification très particulière dans le contexte. «Malgré le désastre, elle a décidé de poursuivre sa vie», confie Agnès Zacharie en entrevue. Cette idée du mouvement cadre tellement bien avec la mission de l'Ubus : transporter l'âme des spectateurs vers l'imaginaire.
Son ami a filmé le récit de sa grand-mère avant son décès, en 2002. Si bien que la production dispose d'extraits vidéo et de photos pour illustrer la pièce, en plus de ses marionnettes habituelles. Les créateurs transforment l'intérieur de l'autobus de 32 places en avion. Après le décollage, on présente un film - celui de Caminando & Avlando. L'écran sert aussi à la projection d'extraits de Blanche-Neige et ainsi à faire allusion au génocide.
Il n'était pas question, puisque la pièce est aussi destinée aux enfants, de s'attarder sur le terrible fléau de la Seconde Guerre mondiale. La pièce raconte plutôt le fabuleux destin de Jeanne Nadjari, qui a choisi de s'accrocher à la vie malgré l'exil, la perte de sa famille et de son pays.
«C'est un spectacle sur la famille, sur cette notion importante de partage, d'entraide, d'être ensemble, de cette richesse dont il faut parler.»
Retour à l'écriture
Agnès Zacharie est contente d'être revenue à l'écriture. La dramaturge était victime de son succès. Le calendrier de tournée de ce théâtre forain itinérant devenait tellement chargé - plus de 900 représentations depuis les débuts -, «que j'avais de la difficulté à créer». Ses coproducteurs européens lui ont offert une résidence de création qui a mené à Caminando & Avlando. La pièce marque aussi son retour sur scène et les retrouvailles avec ses complices des débuts, Pierre Robitaille, à la création et à la manipulation des marionnettes, et Martin Genest, à la mise en scène. «Ça fait du bien de revenir à l'esprit de famille pour la création. On a hâte de la présenter.»
Mais ce qui réjouit la fondatrice de l'Ubus Théâtre au plus haut point, c'est de voir se poursuivre cette extraordinaire aventure, partie du rêve de son père immigré. C'est lui qui a acheté l'autobus, qui prenait racine et que sa fille a ensuite adapté pour en faire un théâtre de petites marionnettes, d'ombres et d'objets.
«On est vraiment chanceux de vivre ça à partir d'un véhicule qui était sur le bord du chemin.»
Tout un voyage, en effet.
Vous voulez y aller?
Quoi : Caminando & Avlando
Qui : l'Ubus Théâtre
Quand : du 8 au 26 août
où : promenade de Tadoussac
Billets : 10 $ (enfants) et 20 $
Tél. : 418 235-1021