2012-07-20 05:00:00.000

Les visiteurs: rencontre de deux drôles de types

La complicité entre Emmanuel Bédard et Nicolas Létourneau... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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La complicité entre Emmanuel Bédard et Nicolas Létourneau crève les yeux. Bédard joue avec aplomb et une virilité amusée son chevalier perdu. Quant à Létourneau, il frôle le cabotinage.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Éric Moreault

(Québec) Adapter au théâtre la comédie populaire Les visiteurs, le film de Christian Clavier et Jean-Marie Poirier, c'est presque un succès garanti. Même si ce n'est pas une mince tâche. La présentation de la première mondiale, mercredi soir, a été couronnée de succès. Les spectateurs ont ri de bon coeur et chaleureusement applaudi la performance des acteurs, qui s'en donnent à coeur joie.

Le duo comique est un grand classique. C'est exactement la formule à l'oeuvre dans Les visiteurs, avec le «héros» - c'est vite dit - et son faire-valoir. Emmanuel Bédard endosse le rôle de Godefroy Amaury de Malfête (immortalisé par Jean Reno au cinéma) et Nicolas Létourneau, celui de Jacquouille la Fripouille.

Le comte et son écuyer, qui vivent en 1123, sont propulsés au XXe siècle après avoir absorbé une potion. Leur rencontre avec leurs descendants et nos bébelles technologiques est évidemment propice à bien des quiproquos.

Il n'était pas évident de faire illusion sur une petite scène avec peu de moyens. En situant l'action sur deux niveaux et avec l'aide d'un écran judicieusement placé, la production s'en tire fort honorablement. Amusante allusion au film: l'écran sert à la projection de scènes tournées au préalable, en interaction avec l'action sur scène.

À leur 10e saison de théâtre d'été au Petit Champlain, Emmanuel Bédard et Nicolas Létourneau maîtrisent tous les ressorts de la comédie. Leur complicité crève les yeux. Bédard joue avec aplomb et une virilité amusée son chevalier perdu. Quant à Létourneau, il frôle le cabotinage. Mais il campe avec gouaille son personnage, notamment dans une scène de repas vaudevillesque proche du morceau d'anthologie.

Anne-Marie Olivier n'est pas en reste en Béatrice, impayable en petite bourgeoise coincée trop heureuse du parfum d'aventure que lui procure l'arrivée impromptue des visiteurs du passé. Vincent Champoux, Chantal Dupuis et Réjean Vallée, qui doivent camper nombre de personnages, souvent à un rythme fou, sont aussi très bons.

Ce qui n'est pas rien compte tenu des transitions rapides que leur impose le rythme effréné des scènes très courtes et les accents français. Isabelle Hubert, qui a adapté le film, a en effet choisi judicieusement de laisser l'action en France. Seules quelques références contemporaines ont été ajoutées pour le clin d'oeil.

Jean-Sébastien Ouellette, à la mise en scène, dirige tout ce trafic sur scène avec beaucoup de doigté (et apparaît dans un amusant cameo). Les effets spéciaux sont volontairement ringards, ce qui renforce la complicité avec les spectateurs.

Car Les visiteurs se veut une comédie où tout est souligné à gros traits et à la vulgarité assumée. Il s'agit d'un divertissement à l'état pur, sans conséquence, bien qu'on saisisse l'occasion pour passer quelques messages («Où sont passées la nature et la forêt? Tout est laid. Et l'air est irrespirable.»). Les différences de classes sont aussi illustrées, mais sans plus.

Ce n'est pas le but. La production frise le délire. Dans le sens jouissif du terme. Il y a quelque chose de libérateur à mettre le cerveau en mode veille et à rire un bon coup. Les visiteurs libère cette dose de plaisir.

Les visiteurs demeure à l'affiche du Théâtre Petit Champlain jusqu'au 25 août.

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