Il fallait entendre la foule rire de bon coeur, hier soir, alors que Léo était présentée en première canadienne au Carrefour international de théâtre de Québec. Lauréate de trois prestigieux prix au récent festival Fringe d'Édimbourg, la pièce fait courir les foules partout dans le monde. On comprend pourquoi. Et ne serait-ce que parce qu'elle nous fait redécouvrir notre âme d'enfant, elle est une bénédiction.
Au moment de son entrée en scène, Léo est seul dans une pièce avec sa valise. Imaginez que la gravité perde le nord et que tout devienne sens dessus dessous. Le pauvre Léo en est tout déboussolé. Puis, curieux, il se met à expérimenter. Comme un astronaute en orbite autour de la Terre, il réalise d'incroyables figures.
Pas de trucages ici. Léo est confiné à un cube aux murs bleu et rouge. Une caméra relaie son image inversée d'un quart de tour sur un écran géant à ses côtés. D'où l'illusion qu'il est assis sur sa valise qui flotte à un mètre du sol, par exemple. Ou qu'il flotte la tête à l'envers. Nos yeux vont sans cesse de l'un à l'autre - la réalité et l'image. C'est simple, mais ça marche parce qu'on se sent complice du «trucage».
Il suffit parfois de trois fois rien pour nous enchanter. Sa valise qui devient soudainement une boîte à musique, diffusant tous les styles propices à des numéros, de Sinatra à Metallica. Daniel Brière, dont la mise en scène est brillante, a vraiment réussi dans sa volonté de recourir à une écriture silencieuse qui amalgame théâtre et nouveau cirque.
Si Léo se limitait à la performance, la pièce deviendrait rapidement anecdotique (le mouvement final s'avère d'ailleurs longuet pour cette raison, sans toutefois gâcher le clou du spectacle). Il y a plus. La poésie onirique du mouvement. Et l'allégorie. Cet homme prisonnier d'un horizon clos s'évade grâce à sa créativité et la force de son imaginaire vers un monde meilleur - on ne vous dit pas tout, pour garder l'effet de surprise.
J'anticipais un moment fort du Carrefour avec Léo, tout comme Traces, ce qui s'est avéré juste, dans les deux cas. «C'est incroyable», s'est exclamée ma voisine après 15 minutes. Tout à fait. Et pour le reste du spectacle, elle est demeurée bouche bée...
Léo demeure à l'affiche jusqu'au 6 juin à la salle Multi de Méduse, à l'occasion du Carrefour international de théâtre de Québec. Une supplémentaire a été ajoutée le lundi 4 juin, à 20h.