Le charismatique auteur-entertainer se dédouble dans ce spectacle qui pose un regard critique sur notre rapport à la consommation et au marketing, en plein dans la révolte actuelle contre la corruption, l'appât du gain et la cupidité. Il incarne le père de famille, candide citoyen, mais aussi son alter ego cynique et sadique qui dénonce l'hypocrisie du premier et sa conscience élastique. Entretien.
Q Que voulez-vous démontrer?
R Tout est marketing, même nous. On essaie de vendre notre intelligence, notre créativité. On n'a aucune distance par rapport à ça. C'est un sujet très personnel. Ce qui fait que les spectateurs ont de la difficulté à avoir une perspective. Ça vient d'où? Est-ce biologique et lié à la survie des organismes? Le concept évolue. On essaie de développer une série télé et on a traduit la pièce pour qu'elle continue à vivre.
Q Justement, pourquoi est-ce si important de la jouer en français?
R Les pièces déstabilisantes dans le ROC, ça fait moins partie de la culture. La traduire, c'était de voir si le sujet pouvait avoir une autre vie dans une autre langue. La première partie est une présentation [par lui]. La deuxième, on revient au showbizz et tout ce qui est vendeur au théâtre. Ce sont les deux côtés de ma personnalité. Celle qui aime parler aux gens et inspirer les jeunes, mon côté vertueux. Puis il y a le showman qui aime mentir et manipuler, [qui se transforme] en mon clown Arnie, qui joue sur irony en anglais. C'est un combat entre les deux perspectives.
Q Arnie, c'est un peu le Joker, non? Une variation sur Dr Jekyll et Mister Hyde?
R Il lui ressemble un peu. Il y a en effet un parallèle avec Batman et Joker, qui sont les deux côtés de la même médaille. Il y a un peu de Dr Jekyll et Mister Hyde, de Janus aussi. On a tous ce combat intérieur en nous. On a le choix. Et il est plus facile d'être cynique qu'optimiste, mais ça ne mène à rien. Je tombe facilement dans le cynisme. Être optimiste demande plus de travail, mais c'est ce que je veux faire de ma vie : inspirer les gens, dont mes deux filles. Pour cette pièce, j'ai enlevé le masque complètement en première partie. Mais Arnie prend la relève pour dégonfler mes intentions... J'essaie aussi de déconstruire mon image, sa mise en marché, mon autopromotion. Ensuite, j'incarne plusieurs personnages, dont Clotaire Rapaille et le biologiste Richard Dawkins, dont le livre stipule que nous sommes biologiquement égoïstes, ce qui mène à la reproduction et à la survie. Or, la reproduction incontrôlable, comme le capitalisme débridé, ce n'est pas viable.
Q Donc, on y introduit une perspective de développement durable?
R C'est l'image qu'on veut donner aux autres. C'est moins ce qu'on pense que les actions qu'on pose. Tiens, comme boire un Coke. On le fait même si on sait que ce n'est pas bon. Mais là où je décroche, c'est quand je sais qu'ils ont un programme antiobésité dans les écoles. C'est du marketing. C'est absurde, mais ça existe. Comme leur programme pour sauver les ours polaires. J'ai calculé que c'était l'équivalent pour moi de verser trois cents par année. C'est bien quand même. Mais vous pourriez faire mieux avec tous vos profits. Mais c'est compliqué, les notions d'empreinte écologique et tout ça. Il y a aussi une recherche personnelle sur ma consommation, sur le fait que j'utilise des produits dont je sais que les compagnies qui les fabriquent ont une éthique douteuse.
Q Mais on est conditionné à consommer, ce qui est une forme d'aliénation?
R On veut nous aliéner des conséquences de notre consommation. Les compagnies, en général, ne veulent pas qu'on explore ces questions. Ce n'est pas un show anticorporatiste ou antimarketing, mais sur les questions qu'il faut se poser... Malheureusement, Éric, je dois te laisser. Le show commence dans 25 minutes et je dois me costumer. Mais n'oublie pas de dire aux gens que je serai dans le lobby avant et après le show...
Vous voulez y aller?
Quoi: Rick Miller : vendu
Quand: du 5 au 9 juin
Où: Théâtre de la Bordée
Billets: de 42 $ à 48 $
Réservation: 418 529-1996 ou www.carrefourdetheatre.qc.ca