Comment peut-on parler de changements climatiques au théâtre sans tomber dans les discours moralisateurs ou les grandes abstractions désincarnées? Par l'entremise de la comédie, comme le fait l'auteur danois Christian Lollike, et en utilisant la technologie, comme le fait Michel Nadeau. Le metteur en scène se sert de deux grands écrans plats pour diffuser vidéos (notamment Une vérité qui dérange, le célèbre documentaire d'Al Gore) et extraits télé.
Ces écrans plats sont les fenêtres sur le monde d'un couple (Hugues Frenette et Claude
Breton-Potvin) et de leur colocataire (Emmanuel Bédard), prisonniers de leur appartement de béton et de leur angoisse environnementale. Un trio bien intentionné, mais qui passe tout son temps le cul assis sur leur chaise plutôt qu'à agir. Ou plutôt, devrais-je écrire, à déconner. «Pourquoi on ne peut jamais être sérieux?» Bonne question.
Les trois jeunes vont se glisser à tour de rôle dans la peau de Brad Pitt, imaginant que le célèbre acteur va sauver planète «Earth» (à leur place). D'où le titre (long) de la pièce : Angoisse cosmique ou le jour où Brad Pitt fut atteint de paranoïa.
Plusieurs bons flashs
Christian Lollike ne fait pas de quartier avec son texte. Il ridiculise autant les catastrophistes que les cyniques. Mais ce faisant, il semble se moquer du thème dont il traite et son propos finit par tourner à vide. Même s'il assène quelques lapalissades qu'il fait bon de rappeler («Quand l'argent l'emporte, le vide intérieur grandit»). Et que la pièce contient plusieurs bons flashs.
Il a, par exemple, intercalé des pauses quand le propos devient trop lourd ou que les personnages se prennent trop au sérieux. Ce sont d'ailleurs souvent les moments les plus drôles, rythmés par une bonne bande sonore pop-rock.
Angoisse cosmique... est une bonne pièce, pas une grande pièce, malgré le jeu impeccable des trois compères, dont la complicité et le plaisir sont visibles. Surtout lorsqu'ils se prennent pour Brad Pitt et que leur jeu devient volontairement exagéré et décalé, comme un mauvais téléroman. La mise en scène de Nadeau, simple et efficace, sert bien le propos. Ce sont d'ailleurs les comédiens et le metteur en scène que l'on applaudit, bien plus que le texte, qui a au moins le mérite d'avoir un discours sociopolitique qui dénonce l'hypocrisie de notre surconsommation effrénée et notre manque d'empathie pour ceux qui ont eu le malheur de ne pas naître dans le bon pays.
Sa conclusion ne manque pas de saveur et d'à-propos au regard de la crise qui secoue le Québec en ce moment : «Unissons-nous et luttons pour un monde nouveau».
Angoisse cosmique... demeure à l'affiche jusqu'au 28 mai au Théâtre Périscope.