Le succès est tel que le calendrier de représentations est bouclé pour deux ans. Un deuxième comédien a été entraîné pour interpréter ce spectacle solo (et a connu son baptême du feu). Léo a été vu à New York, mais aussi en Papouasie (!) et en Iran. «Un homme enfermé entre quatre murs ne veut pas dire la même chose à Téhéran qu'ici...» explique le metteur en scène Daniel Brière.
Mais comment diable le Québécois s'est-il retrouvé à la barre d'un tel phénomène, produit par une compagnie allemande? Tout bêtement. Volker Brümmer cherchait un metteur en scène à Montréal et il a assisté à une répétition. «À la fin, il m'a dit: "Je veux travailler avec vous. Êtes-vous libre pour venir à Berlin?"» Quelques mois plus tard, ce fut le début de deux années intenses d'aller-retour Berlin-Montréal.
Léo a pris racine dans un numéro de cinq minutes de Tobias Wegner. Le personnage - muet - est enfermé dans une petite pièce avec sa valise. Il commence à défier les lois de la gravité, et son image est relayée par une caméra sur un écran, si bien que le spectateur a l'illusion de ne plus distinguer l'envers et l'endroit. L'effet visuel est, paraît-il, époustouflant.
Léo est universel
Il le fallait, puisque Léo est silencieux. Il fallait aussi coller étroitement aux caractéristiques de l'interprète, ses forces et ses qualités, son charisme... «J'ai vraiment fait un travail pour lui, avec lui. C'est très demandant en termes de création.» Il y avait aussi la contrainte du silence, qui est aussi sa principale force, puisque Léo est universel. Les deux hommes ont pensé le faire parler ou utiliser des onomatopées. «C'était moins fort. Il dit un seul mot en réalité.»
Leur préoccupation était donc de réussir à monter un spectacle sans utiliser les mots - le contraire du théâtre - «sans tomber dans le mime et l'illustration, juste en utilisant une écriture silencieuse». Tout en s'assurant que le spectacle soit assez fort pour être interprété par un autre acteur.
«C'est un spectacle qui oscille entre la comédie et les moments purement physiques» - Wegner est un acrobate doué. «Mais ce n'est pas un show de magie, prévient Daniel Brière. L'humour vient du fait que les spectateurs ne sont pas dupes, ils deviennent complices.» Brière et Wegner ont aussi beaucoup travaillé à créer un Léo attachant, pour qu'on y croie. Sans s'en être inspiré directement, l'univers du spectacle évoque ceux de Buster Keaton et de Charlie Chaplin, voire Fred Astaire dans Mariage royal (où il danse au plafond).
Spectacle hybride
«On avait une vision des choses assez semblable.» Daniel Brière ne voulait pas d'une simple performance. «Le but, c'était d'amener le cirque dans un univers plus poétique, étonnant, à la fois drôle et impressionnant, tout en conservant un lien avec le théâtre. C'est un spectacle hybride. On s'exprime dans les silences, dans les regards, le non-dit, les soupirs... Tout ça crée une dramaturgie silencieuse.»
Malgré le succès de la pièce, Daniel Brière s'est toujours demandé comment la pièce allait atterrir au Québec et où. Marie Gignac, la directrice artistique du Carrefour, a vu la pièce à New York et a tout de suite offert de la programmer. «Ça me touchait beaucoup. Je viens du théâtre et je suis fier de le dire. Que ça se retrouve ensuite à Montréal complètement cirque, ça fait le lien avec le cirque contemporain. Puis un mois à l'Espace Libre. C'est plus que je ne l'espérais.»
N'empêche. Lorsque Léo va être présentée à Québec, «je vais être super nerveux».
Nouveau départ
L'aventure de Léo est arrivée à point nommé pour Daniel Brière. Après une trentaine d'années de métier, il avait le goût d'aller voir ailleurs s'il y était. D'autant que ses quatre enfants n'avaient plus besoin de sa présence constante. «J'en ai refusé, des offres, des tournées, tout ça. Léo a ouvert une fenêtre...»
Il a d'ailleurs vécu un petit choc avec ses séjours en Allemagne, puisqu'il s'y est trouvé un alter ego en Tobias Wegner. Il partage maintenant une réelle amitié avec l'interprète de Léo. Mais il ne fera pas de lui un Robert Lepage pour autant, constamment dans ses valises.
Pour la bonne raison qu'il continue à jouer dans la populaire télésérie Les Parent, qui entamera sa cinquième saison. Le directeur artistique du Nouveau Théâtre Expérimental prépare aussi la mise en scène des Chemins qui marchent, deuxième morceau de la trilogie L'histoire révélée du Canada français, 1608-1998. La pièce sera jouée à l'Espace Libre, à Montréal, en mars 2013.
Il a bien d'autres projets, notamment avec Évelyne de la Chenière, sa conjointe (Bashir Lazhar, adaptée par Philippe Falardeau au cinéma, c'est elle). «Des fois, le temps passe trop vite.» Oui, monsieur.
Vous voulez y aller?
QUOI: Léo
QUAND: 1er au 6 juin
OÙ: Méduse
BILLETS: de 42$ à 48$
RÉSERVATION: 418 529-1996 ou www.carrefourtheatre.qc.ca