«On sentait qu'il y avait une écoute importante. C'est dans la lignée du travail habituel de Robert, qui a besoin de sentir le pouls de la salle pour faire des coupures [ou des ajustements]. Hier [mercredi] encore, on a ajouté une nouvelle scène de combat à l'épée. On est dans les choses à corriger, ça va s'améliorer. Mais je crois que c'était fluide pour les spectateurs.»
Les Espagnols révèrent le travail du grand dramaturge, qui y a présenté plusieurs spectacles. «À la prise d'images, il y avait au moins 70 photographes et une douzaine de caméras. J'avais jamais vu ça.»
PIQUE est le premier de quatre volets d'un ambitieux spectacle sur le thème du jeu de cartes - PIQUE, COEUR, CARREAU et TRÈFLE, explorant chacun un univers inspiré de l'atout qui le représente. Celui à l'affiche au Teatro Circo Price plonge dans les affres de la guerre.
L'action met en parallèle deux cités construites au coeur de deux déserts au moment où les États-Unis envahissent l'Irak, mais se déroule à Las Vegas. Le spectateur peut y croiser Elvis, Oussama ben Laden, Bush et Céline Dion... À l'image d'une ville qui continue à divertir en pleine guerre, les personnages y mèneront d'intimes luttes avec leurs démons intérieurs, dans l'espoir de résoudre leurs propres contradictions, selon ses créateurs.
Comme d'habitude chez le dramaturge, la pièce met en scène les destins croisés de plusieurs personnages, au sein d'un imposant dispositif scénique. Dans ce cas-ci, une scène circulaire à 360° à la U2! «Tout est en dessous et sur scène. Le genre de défi que Robert aime nous mettre entre les pattes», explique Jean Hazel, qui planche sur le concept depuis deux ans. «Mais c'est vraiment un travail d'équipe.»
La générale d'avant-hier, en matinée, a d'ailleurs fait craindre le pire: «Ça a été vraiment épouvantable. Tous les pépins qu'on pouvait imaginer sont arrivés. Le soir, ça s'est super bien passé.» Un immense défi technique donc, mais avec une récompense importante pour les spectateurs: la proximité. «C'est comme quatre salles de 250 places. Le feeling est très intime», explique le très doué scénographe de Québec.
La chose n'est pas évidente, puisque les techniciens doivent évoluer sous la scène assis sur des bancs à roulettes - le dégagement y est d'à peine un mètre (42 pouces). Il y avait d'ailleurs un peu trop de bruit provenant de sous la scène, au goût du scénographe, qui a imputé ses petits couacs à la nervosité et au manque de rodage.
Les six acteurs, dont le Québécois Sylvio Arriola, ne sont pas en reste. Prisonniers sous scène une demi-heure avant la représentation, où ils doivent aussi se changer, ils entrent et sortent par l'une des 36 trappes de la scène circulaire. «La régie est extrêmement importante. Il ne faut pas que [les acteurs] soient sur une trappe quand elle s'ouvre, par exemple.»
On le sait, Robert Lepage aime se jouer des contraintes techniques pour repousser plus loin les limites de la création. Sa scène répond au défi du projet 360°, un réseau international de lieux artistiques circulaires créé en 2010. L'idée est née d'une visite de Lepage au cirque de Châlons-en-Champagne à l'invitation de Philippe Bachman, en 2005.
L'attirail scénique est tellement imposant, notamment avec son plafond suspendu, qu'on l'expédiera par bateau à la fin des représentations du festival Otoño en primavera de Madrid, dimanche.
La scène ne sera remontée que dans un mois au festival Luminato de Toronto, du 13 au 17 juin. «Ça va déjà avoir évolué. Je suis persuadé que ça va être plus efficace et juste.»
Il n'y a pas de représentations prévues à Québec pour l'instant.