L'enfant-matière: Frankenstein 2012

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L'enfant-matière est, en quelque sorte, une relecture actualisée... (Louise Leblanc)

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L'enfant-matière est, en quelque sorte, une relecture actualisée de Frankenstein : un savant fou tente de modeler un enfant en le coupant de tout contact social. À l'aube de l'adolescence, le savant décide de le transformer en fille (Noémie O'Farrell).

Louise Leblanc

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Poussé à l'extrême, le désir de perfection chez son enfant peut devenir dangereux au point de le transformer en une espèce de monstre désincarné. C'est le propos central soutenu par Larry Tremblay, dans L'enfant-matière, sa nouvelle pièce créée en première nord-américaine à Québec et vue hier soir à la Caserne. Malheureusement, la mise en scène aride de Christian Lapointe risque d'en rebuter plus d'un.

L'enfant-matière est, en quelque sorte, une relecture actualisée de Frankenstein (lui-même une relecture du mythe de Prométhée) : un savant fou (Hugues Frenette) tente de modeler un enfant (Christian Essiambre) en le coupant de tout contact social et en lui inculquant sa vision du monde. On est dans la manipulation pure et la quête de perfection.

À l'aube de l'adolescence, alors que l'enfant perd sa pureté et gagne en indépendance, le savant, qui présente tous les symptômes classiques du psychopathe, décide de le transformer en fille (Noémie O'Farrell). Tremblay pousse ainsi le spectateur à réfléchir sur les questions d'identité, du mal de vivre et de la chirurgie esthétique pour y remédier quand on est mal dans sa peau. «J'ai mal», sont d'ailleurs les premiers mots du transgenre.

L'enfance, ce début de la vie, sert aussi de contrepoint à cette mort qui nous attend tous. «La mort décompose la vie en notes de musique», comme il est dit joliment en ouverture et en fermeture de L'enfant-matière. L'écriture de Tremblay regorge de ces observations poétiques, qui frappent l'imagination du spectateur.

Christian Lapointe a toutefois imposé à ses acteurs une diction où chaque syllabe est détachée, ce qui crée une dissonance et nuit à la musicalité du texte. Comme d'habitude, le metteur en scène pousse le spectateur dans ses derniers retranchements, en le prenant à rebrousse-poil, bien que sa proposition soit moins radicale que celle de ses créations.

Belle scénographie

Le metteur en scène cherche à déstabiliser le spectateur dans sa façon de recevoir la pièce, en refusant les codes existants et en cherchant sans cesse une nouvelle grammaire. Il nous faut reconnaître la valeur de cet effort artistique, cette confrontation. Le résultat est toutefois mitigé avec L'enfant-matière - les décrochages sont nombreux.

Beaucoup plus réussie est la scénographie de Jean Hazel. Pour recréer ce laboratoire isolé, le créatif scénographe a imaginé une structure légère d'écrans diaphanes qui séparent la salle en deux, ainsi que les deux protagonistes, qui n'ont pas de contact. Une quincaillerie électronique (caméras, projections vidéo, écrans tactiles...) sert à accentuer l'aspect froid et clinique où le savant s'est cloîtré avec son enfant.

L'enfant-matière demeure à l'affiche de la Caserne jusqu'au 28 avril.

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