On s'étonne. Après tout, l'acteur, metteur en scène et professeur au Conservatoire d'art dramatique de Montréal a passé un bon bout de sa carrière avec Denis Marleau. «Je ne pouvais faire que du théâtre d'avant-garde. Je n'ai jamais quitté les classiques», explique-t-il.
Le théâtre de Georges Feydeau (1862-1921) demande «la même rigueur. Sur le plan technique, c'est autant un défi. Au plan de l'esprit, je me rattache à l'absurde, pas si loin de Jarry et Ionesco, et à la critique sociale. C'est une critique de l'intérieur, d'un milieu qu'il connaissait très bien.»
L'auteur faisait partie de la grande bourgeoisie française, très à droite et collet monté. Carl Béchard estime donc que Le dindon «demeure pertinent» en cette ère de «valeurs conservatrices dominantes».
Mais qu'on ne s'y trompe pas. La pièce est d'abord une comédie de quiproquos, de «ciel mon mari» et de portes qui claquent. Le spectateur est au fait de tous les codes car le théâtre de boulevard «a beaucoup influencé le théâtre occidental. Ces procédés perfectionnés par Feydeau, on les connaît. Le public reconnaît les situations». En fait, il rit presque par anticipation. «Il y a un plaisir d'entrer dans le jeu pour le spectateur.»
Comique de situation, donc, mais «c'est [d'abord] un comique de dialogues. [Il y a chez Feydeau] la même rigueur d'écriture qu'une comédie ou une tragédie classique», dit Carl Béchard en vantant le sens du rythme et la précision de son écriture.
Dans ce contexte, on comprend aisément qu'il ne voulait pas laisser passer une telle opportunité. Surtout avec un tel groupe de comédiens. «J'étais tellement content. On a tous [ou presque] fréquenté Feydeau et joué ensemble. Ça fait une complicité à plusieurs niveaux.»
D'autant que Normand Chouinard a déjà joué dans Le dindon - le même rôle que Carl Béchard. «C'est un très bon directeur d'acteurs et il excelle dans ce style. Le niveau de confiance est élevé en raison de son expérience.»
Après un mois de représentations au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, la troupe fait une petite tournée québécoise de huit représentations qui se terminera à la salle Albert-Rousseau, à Québec.
Jouer en Provence
Cet été, Carl Béchard retrouvera avec un grand bonheur Denis Marleau, après une pause de 16 ans. Le réputé metteur en scène, premier Québécois à la cour d'honneur du Palais des papes au Festival d'Avignon (en 1997) et aussi à la Comédie-Française (en 2011), s'attaquera aux Femmes savantes de Molière.
La pièce sera jouée à l'extérieur pendant six semaines en tête d'affiche aux Fêtes nocturnes du château Grignan, en Provence, puis au TNM pour la prochaine saison. «Pour moi, c'est très touchant de retravailler avec Denis. C'est un peu inespéré. On a étudié ensemble au Conservatoire puis passé deux ans à Paris où on a vu les spectacles de Peter Brooke, Strehler, Kantor, Chéreau; les grands metteurs en scène de l'époque. Ça marque et ça influence beaucoup...»
Vous voulez y aller?
QUOI: Le dindon
QUAND: 26 mars, 20h
OÙ: salle Albert-Rousseau
BILLETS: 26,50 $ à 47,50 $
RÉSERVATION: 418 659-6710