Jocaste reine: un drame épique

La pièce repose en grande partie sur le... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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La pièce repose en grande partie sur le jeu de Louise Marleau, constamment présente sur scène en Jocaste vieillissante, et dans une moindre meusre sur celui de Jean-Sébastien Ouellette, en homme de 40 ans.

Le Soleil, Patrice Laroche

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) La production de Jocaste reine répond de façon convaincante aux hautes attentes suscitées par sa solide distribution, sa metteure en scène renommée et son auteur célèbre. La pièce, jouée en première nord-américaine à la Bordée depuis mardi, est la chronique d'une funeste hécatombe causée par l'amour fou de Jocaste pour OEdipe, son fils...

Le destin maudit d'Oedipe est universellement connu: «Tu tueras ton père et épouseras ta mère.» Mais Nancy Huston a renversé la perspective en présentant l'histoire du point de vue de Jocaste, une femme délaissée par son premier mari qui cherche désespérément à lasser sa féminité rayonner. Une occasion que lui servira OEdipe.

Ce drame épique, qui ne s'essouffle pas, débute alors que le couple habite le palais de Thèbes, qui prospère autant que leur union, depuis 20 ans. Mais les premiers jalons ont été posés bien avant. Depuis, la peste ronge la ville comme les doutes ceux de l'esprit d'OEdipe.

La chose est délicate, car il faut absolument que cette relation soit crédible. La pièce repose en grande partie sur le jeu de Louise Marleau, constamment présente sur scène en Jocaste vieillissante, et dans une moindre mesure sur celui de Jean-Sébastien Ouellette, en homme de 40 ans.

Mme Marleau interprète, avec son talent habituel, une Jocaste débordante de sensualité et d'amour, tant maternel que charnel. Jean-Sébastien Ouellette lui oppose un jeu très physique et répond avec beaucoup de naturel à sa passion, jusqu'à ce qu'il insuffle la bonne dose de désespoir lorsqu'il comprend la nature de sa relation incestueuse. Bref, on y croit.

Texte très dense

Une chance. Car il faut un certain temps avant d'entrer dans le texte, très dense, un peu pompeux même, au début. La langue devient ensuite plus vibrante, plus urgente. La mise en scène de Lorraine Pintal laisse d'ailleurs de l'air aux spectateurs en faisant évoluer ses acteurs sur une scène très dépouillée, constituée de planchers de bois en paliers, de chaises et de bancs, sur lesquels s'assoient les quatre enfants du couple maudit. Ils sont les premiers spectateurs de la tragédie qui se déroule sous nos yeux. Le plateau et le petit bassin à l'avant-scène permettent de chorégraphier les jeux guerriers des deux fils.

Mais sa meilleure idée réside dans l'utilisation du coryphée, qui se substitue au choeur habituel de la tragédie grecque. Joué par un Hugues Frenette gouailleur à souhait, celui-ci vient souligner les incongruités du récit, mais aussi souligner les tenants et aboutissants de l'action. Ses remarques psychanalytiques, pleines d'humour, viennent autant donner un peu de répit dans le déroulement du récit que nous assurer qu'on a bien compris ce qui se déroule sous nos yeux. Autre élément contemporain: les superbes costumes de Sébastien Dionne.

Il faut aussi souligner la présence sur scène de la multi-instrumentiste et chanteuse Claire Gignac, qui rythme la pièce avec efficacité et discrétion.

Lorraine Pintal a su agencer les divers éléments avec beaucoup de bonheur. Au-delà de la relation incestueuse, Jocaste reine est d'abord un hymne à la féminité - l'amour, le sexe et la maternité. Et un récit qui nous permet de comprendre un tout petit peu mieux l'éternel féminin. Ce n'est pas rien...

Jocaste reine demeure à l'affiche de la Bordée jusqu'au 24 mars.

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