La controversée adaptation de Sophocle par le réputé metteur en scène lui a permis de se produire partout en Europe l'an dernier, et de faire découvrir plusieurs pays à ses deux fils. Après Ottawa et Montréal, Des femmes devrait jouer au Carrefour international de théâtre, en juin, nous apprend-elle.
En attendant, elle replonge avec délice dans La liste, dans une mise en scène de Marie-Thérèse Fortin, qui prendra (enfin!) l'affiche à Québec, pendant l'actuelle tournée canadienne, d'un océan à l'autre. La pièce, Prix du Gouverneur général 2008, s'attarde à une mère de trois enfants qui se sent coupable de la mort de sa voisine. Elle n'a connu qu'une seule interprète depuis sa création, il y a trois ans : Sylvie Drapeau. Entretien.
Q Ce rôle est taillé sur mesure pour vous, non?
R Je ne sais pas. Mais lorsque Jennifer écrivait, elle entendait ma voix. Elle n'en a pas parlé à Marie-Thérèse Fortin lorsqu'elle lui a soumis le texte. Après l'avoir lu, elle lui a dit : "Je vais la monter, mais avec Sylvie Drapeau." C'est drôle. C'est un beau rôle, mais c'est un beau rôle pour beaucoup d'actrices tellement c'est bien écrit. C'est une partition parfaite où il n'y avait rien à changer. J'en profite bien! Et c'est tellement intéressant de pouvoir l'approfondir, d'y retourner avec plus de subtilités et de raffinement. On découvre encore de nouvelles nuances.
Q Quel travail faites-vous avec Marie-Thérèse Fortin en ce moment?
R Elle est très précise et me dirige beaucoup sur le plan de l'interprétation. On dirait des détails, mais ça veut dire beaucoup. Par exemple, au moment de la création, on a travaillé pendant deux semaines sur les silences de cette femme. Imaginez! Ces silences sont très riches parce qu'ils sont très habités, comme les vrais silences de la vie. On y a greffé les mots ensuite.
Q Au-delà du poids énorme que représente la mort de sa voisine, La liste traiterait-elle de l'indifférence sociale et de la solitude?
R Le texte est d'un premier abord très simple, mais il ratisse large. Il s'agit de la vie moderne, de cette solitude que ressent cette femme d'être à la maison avec ses trois jeunes enfants. Peu à peu, on entre dans sa psyché. Il n'y a personne qui peut la condamner. On est tous cette femme, débordés par ce qu'on pense devoir faire, qu'on s'impose. Elle essaie de bien faire, mais elle est parfois écrasée sous la charge de la responsabilité. Elle s'est perdue là-dedans. Et elle se retrouve devant le public, dans l'être plutôt que dans le faire. Ce n'est pas un spectacle sur les listes, ni un jugement sur ceux qui en font. C'est un spectacle sur la responsabilité, sans jugement. Elle se montre telle qu'elle est, avec honnêteté, et ce n'est pas toujours magnifique. Ça ne dit pas comment il faut penser, qu'on mène une vie de fou. Mais ça fait prendre conscience de s'arrêter un peu face au rythme effréné de nos pensées et de faire silence, comme ces silences dont le spectacle est truffé...
Q C'est drôle que vous me parliez de la nécessité d'arrêter...
R Surtout après un burn-out (rires). J'en ai trop fait. J'étais épuisée. En même temps, c'est la réalité de notre métier. Vous savez, six spectacles, c'est juste assez pour me faire travailler pendant un an. Trois, ce serait raisonnable - mais ce serait comme travailler juste six mois! Oui, il faut que je m'arrête. Mais pas trop. Et pas trop longtemps (rires). Ce qui était épuisant, c'était d'en faire toujours un nouveau. Cette année, je tourne avec deux spectacles. C'est un rythme plus «normal». Mais qu'est-ce qui est normal? Je suis bénie cette année. Je peux gagner ma vie et ça me répare beaucoup, parce que j'en fais deux plutôt que six. Je vais essayer de faire autrement [à l'avenir]. Il va bien falloir si je ne veux pas dérailler à nouveau...
Q Dans ce contexte, est-ce qu'un tournage serait un cadeau?
R Oui. J'ai particulièrement adoré [15 février 1839] avec [Pierre] Falardeau. Je trouvais que ça avait la même densité et richesse que le théâtre. J'ai aimé [la série télé] Bouscotte aussi. Parce qu'on était une gang extraordinaire, le texte de Victor-Lévy Beaulieu était bon. Et on passait nos étés à Trois-Pistoles! C'était super. J'ai aimé ça et je sais qu'il va y en avoir d'autres. Mais ces dernières années, ça a été le festival du théâtre. Je ne me plains pas parce que je reste très amoureuse du métier. Je fais confiance à l'avenir. Les choses vont se placer et je n'aurai plus besoin de m'épuiser...
Vous voulez y aller?
Quoi : La liste
Quand : 7 au 25 février, 20 h
Où : Théâtre Périscope
Billets : 23 à 33 $
Réservation : 418 529-2183