Festival du Jamais Lu: paroles d'auteurs

Steve Gagnon... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Steve Gagnon

Photothèque Le Soleil

(Québec) Le premier Festival du Jamais Lu à Québec se déroule ce soir et demain à l'AgitéE. Au menu : des extraits de textes frais de jeunes dramaturges de Québec, une table ronde sur la place de l'auteur dans la cité et un cabaret corrosif déjanté. Le Soleil a donné la parole à quatre auteurs, pour vous donner envie de goûter à leur univers et d'entrer dans leurs pensées.

>> Steve Gagnon, La montagne rouge (SANG)

­Q Pourquoi écrire, aujourd'hui et ici?

R Parce qu'une tonne de choses brûlent et qu'il faut absolument le dire. Et pas poliment. Je pense qu'écrire, peu importe à propos de quoi, est un geste politique aujourd'hui. On n'a pas besoin d'écrire sur la Palestine pour être engagé. Je trouve que d'écrire sur l'amour, par exemple, en 2011, est un geste engagé. Parce que ça reste la base de tout, mais qu'on oublie, que ça ne semble plus toujours être une priorité.

Q Pour vous, le texte au théâtre, c'est...

R Un endroit où la rencontre pourrait difficilement avoir lieu ailleurs. On peut se faire rencontrer n'importe qui, peu importe la dimension où ils sont, la forme qu'ils ont. C'est aussi l'endroit pour créer des langues.

Q Comment définiriez-vous votre écriture (votre langue)?

R Je veux qu'on s'y reconnaisse. Les maladresses de ma langue au théâtre appartiennent à ma langue de tous les jours. J'essaie de trouver le bon milieu entre une langue hyperconcrète, hyperquotidienne, impulsive et une langue large et transparente et immense. Comme possédée, comme portée par quelque chose de suprême, de plus grand que nous.

Q Vos cinq mots préférés?

R Pour ce qu'ils veulent dire : temple, fantômes, salvation, mémoire, lumière.

Q Le texte que vous auriez aimé écrire?

R Certaines chansons de Damien Saez. Et un tas d'autres phrases par-ci, par-là.

Emmanuelle Jimenez... (Photo Claude Gagnon) - image 2.0

Agrandir

Emmanuelle Jimenez

Photo Claude Gagnon

>> Emmanuelle Jimenez, Du vent entre les dents, Rêvez, montagnes!

Q Pourquoi écrire, aujourd'hui et ici?

R Parce que je crois que c'est nécessaire. On n'écrit pas encore assez. Pour écrire, il faut s'arrêter, regarder le monde, l'aimer malgré sa folie et sa laideur, parfois. Écrire, c'est ultimement un geste d'amour, de contemplation, mais aussi d'action. J'écris pour développer ma motricité fine, pour raffiner ma relation avec le monde qui m'entoure.

Q Pour vous, le texte au théâtre, c'est...

R Une manière particulière d'animer, d'occuper le temps et l'espace. Le texte de théâtre est en trois dimensions et je crois que c'est ce qui fait la différence avec les autres formes d'écriture. C'est aussi une partition ouverte avec des espaces à remplir par les acteurs, concepteurs, etc.

Q Comment définiriez-vous votre écriture (votre langue)?

R J'ai une écriture qui est à cheval entre le réalisme et la fantaisie, du réalisme magique. J'aime beaucoup donner la parole à des personnages qui sont plus terre à terre que moi, très ancrés dans leur réalité, mais les mettre dans des situations qui les font décoller dans des zones plus poétiques.

Q Vos cinq mots préférés?

R Lac, bébé, danse, brume, don

Q Le texte que vous auriez aimé écrire?

R Des textes que je n'aurais pas pu écrire : Chante avec moi, d'Olivier Choinière, Les pieds des anges et L'imposture d'Évelyne de la Chenelière.

Christian Lapointe... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

Agrandir

Christian Lapointe

Photothèque Le Soleil

>> Christian Lapointe, C.H.S., Anky ou la fuite / opéra du désordre

Q Pourquoi écrire, aujourd'hui et ici?

R C'est une façon d'être au monde, de dealer avec l'immensité de l'espace. Plus concrètement, c'est une façon de créer des ponts entre les êtres, de créer des nouvelles réalités par insatisfaction, de faire échec à la bêtise et de lutter contre la disparition de la pensée.

Q Pour vous, le texte au théâtre, c'est...

R Une matière première, une partition ouverte qui permet de créer des objets qui permettent à leur tour de positionner l'assistance comme un lecteur-auteur.

Q Comment définiriez-vous votre écriture (votre langue)?

R Souvent clinique, obsédée par la précision dans les rapports qu'elle crée et qu'elle entretient entre la texture et la sémantique. Mais parfois plus fougueuse et plus proche de notre langue, surtout quand j'écris pour des contextes qui m'emmènent en dehors d'une certaine ligne dure qui, elle, ne cesse pas de me hanter.

Q Vos cinq mots préférés?

R Pour moi, un mot n'existe pas sans son contraire, alors ce sont des duos : attenter/parachever, éther/renaturer, immédiateté/irrépressible, désinvolture/implacabilité, métamorphose/multiplicité.

Q Le texte que vous auriez aimé écrire?

R Le livre de la voie qui mène à la fleur de Zéami, qui a une qualité de simplicité et de précision dans sa façon d'expliquer comment un acteur atteint la grâce.

Érika Soucy... (Photo Louise Leblanc) - image 4.0

Agrandir

Érika Soucy

Photo Louise Leblanc

>> Érika Soucy, Domino

Q Pourquoi écrire, aujourd'hui et ici?

R Parce que nous ne sommes pas des robots. Je crois que c'est naturel chez l'être humain de vouloir s'exprimer, lancer un cri du coeur. Même avant l'écriture, les gens se racontaient des histoires, c'est l'art universel, qui continue ici et maintenant.

Q Pour vous, le texte au théâtre, c'est...

R Un personnage, une entité suprême. Comme si les personnages qui parlent au travers du texte étaient des marionnettes et qu'il y avait un dieu au-dessus d'eux.

Q Comment définiriez-vous votre écriture (votre langue)?

R Une écriture de la terre, quelque chose de sablonneux, de brut, d'un peu mal taillé, mais de ô combien charmant. Authentique, j'espère.

Q Vos cinq mots préférés

R Goulag (pour le sens et pour la sonorité), icitte, boutte, maman (mais dit par mon fils, c'est un mot chéri et attendu qui a une portée nouvelle), tabarnak.

Q Le texte que vous auriez aimé écrire?

R Cabaret Neiges Noires (de Jean-François Caron, Dominic Champagne, Jean-Frédéric Messier et Pascale Rafie). J'aimerais atteindre la force d'une création collective en étant seule à tenir le crayon.

Vous voulez y aller?

QUOI : premier Festival du Jamais Lu

QUAND : ce soir à 20h et demain à 17h et à 20h

: bar-coop l'AgitéE (251, rue Dorchester, Québec)

BILLETS : 10 $ par soir (mais le 5 à 7 de demain est gratuit)

INFO: 418 828-2018 ou info@jamaislu.com

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer