Le prince du sport

Richard Garneau lors d'une visite à l'émission Tout... (Photo : SRC)

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Richard Garneau lors d'une visite à l'émission Tout le monde en parle

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(Montréal) Un prince. Un gentleman. Un grand monsieur. Celui qu'on croyait immortel aurait fêté 60 ans de carrière en 2013.

Richard Garneau était un vrai. Pas tant parce que c'était un animateur d'exception, mais surtout parce qu'il ne savait pas qu'il l'était. Pas une once de prétention chez ce passionné d'olympisme dont l'esprit n'avait rien perdu de sa vivacité, même à 82 ans. Quand il parlait des athlètes, il les voyait au-dessus de lui, il n'avait que de l'admiration pour eux. Devant l'athlète, ses années de carrière, sa renommée ne comptaient plus.

Sans dénigrer la génération actuelle, il était de ces journalistes sportifs au français impeccable, qui en imposaient par leur prestance et leur vaste culture, comme pouvait l'être René Lecavalier. Plusieurs de mes collègues vous le diront, ce grand communicateur a servi de modèle à des générations de journalistes jusqu'à la fin de sa vie.

Né à Québec

Né à Québec en 1930, Richard Garneau se destinait d'abord à une carrière d'acteur. Après avoir tenu un rôle de figurant dans le film La loi du silence (I Confess) d'Alfred Hitchcock, tourné à Québec en 1952, il a opté pour l'animation, d'abord à la radio de CHRC en 1953, avant de passer trois ans à CFCM Télé-4, devenue TVA Québec, de 1954 à 1957. «Durant les six premiers mois, je faisais tout: les nouvelles, le sport, la présentation d'émissions, sans télésouffleur. Il fallait tout apprendre par coeur», m'avait-il confié aux fêtes du 50e anniversaire de la station de Québec, qu'il a présidées en 2004. Raconteur extraordinaire, il avait relaté avec une folle autodérision ses débuts catastrophiques à l'antenne, alors qu'il était tombé à la renverse en s'assoyant, avant de recevoir un micro sur la tête. Une conversation avec M. Garneau tournait forcément à la rigolade.

En 1990, le radio-canadien depuis 1957 avait imité son ami Pierre Nadeau en passant chez l'ennemi, TVA, après 23 ans à La soirée du hockey. C'est son ami Serge Arsenault qui l'a convaincu de faire le saut, à deux ans des Jeux de Barcelone, dont TVA avait obtenu les droits de diffusion. Je n'oublierai jamais son explosion d'enthousiasme quand le marcheur Guillaume Leblanc a remporté l'argent, un grand moment de télévision. Garneau deviendra la voix du hockey du mercredi soir à TVA avec Michel Bergeron, à une époque où le «canal 10» se bâtissait une crédibilité.

D'un réseau à l'autre

Devenu électron libre par la suite, il sera l'une des rares figures à passer d'un réseau à l'autre tout naturellement. Au patinage artistique, on le verra aussi bien à Radio-Canada qu'à Évasion et même à ARTV. Il commentera durant plusieurs années le Tour de France à Évasion et à TVA, avec Louis Bertrand. La chaîne voyages lui confiera un magazine de découvertes culinaires à travers le pays, Le goût de chez nous, en 2000.

Il manquera énormément à l'amateur de patinage artistique que je suis. L'homme de culture savait remettre en contexte jusqu'aux pièces musicales que choisissaient les patineurs. Le tandem qu'il formait avec Alain Goldberg depuis 1993, en parfaite symbiose, sera difficile à remplacer. Il y a à peine un mois, ils se retrouvaient pour décrire la finale du Grand Prix ISU de Sotchi en Russie à Radio-Canada, là même où se tiendront les prochains Jeux d'hiver, sans lui hélas.

Je l'ai rencontré pour la dernière fois en juillet dernier, alors qu'il s'apprêtait à partir pour Londres, où il a commenté les cérémonies d'ouverture et de fermeture, de même que les compétitions d'athlétisme. L'homme avait beau en être à ses 23es Jeux olympiques, il en parlait avec l'excitation d'un débutant. Et savez-vous ce qu'il m'a dit? Il remerciait le patron de RDS d'avoir pensé à lui, comme si ça n'allait pas de soi.

La flamme, jusqu'à la fin

Jusqu'à un certain point, il parvenait à nous convaincre que les Jeux olympiques avaient encore toute leur valeur, malgré le dopage, malgré les scandales. Jusqu'à la fin, il aura eu la flamme. En entrevue à LCN hier, l'auteur Paul Ohl suggérait à Marcel Aubut d'introniser Richard Garneau au Temple de la renommée olympique du Canada. Voilà qui couronnerait de belle façon la carrière remarquable d'un prince du sport.

Le micro de Richard Garneau s'est éteint, oui, mais sa voix, sa passion, son humilité, elles, resteront à jamais.

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