Cette histoire est racontée dans une série documentaire en trois épisodes, Dans un cinéma près de chez nous, diffusée dès lundi à 20h, à Historia. Bien qu'imprégnée d'une profonde nostalgie et d'un peu de tristesse, l'oeuvre aussi rassurante qu'un sac de pop-corn lève un pan fascinant de notre histoire.
Il s'en est déroulé de la bobine depuis la toute première représentation publique au Palace, à l'angle de Saint-Laurent et Viger à Mont-réal, le 27 juin 1896. Les récits de plusieurs experts, dont le chroniqueur de cinéma Michel Coulombe et l'historien Pierre Véronneau, ont été recueillis dans d'anciennes salles surtout montréalaises - le Snowdon, le Château, l'Empress -, de rares vestiges transformés en salles de gym ou laissés à l'abandon, et auxquels on a juxtaposé à l'écran des images de ce dont elles avaient l'air jadis. Le procédé est fascinant. De Québec, on verra de rares images du Cinéma de Paris et du Cartier.
Parallèlement à ces témoignages, le réalisateur Mathieu Fontaine insère avec habileté les portraits de propriétaires de salles indépendantes, derniers spécimens du genre, qui tiennent encore le coup. Chacun d'entre eux paraît sorti d'une autre époque, mais leur acharnement qui tient du miracle les rend tous excessivement attachants. Le plus coloré de tous, Robert Carrier, dirigeait le cinéma Laurier à Victoriaville, qui a fermé ses portes en juin dernier.
On s'intéresse même au dernier cinéma érotique existant, le cinéma L'Amour, qu'entretient son propriétaire comme un bijou qu'on polit, et dont les murs parlent beaucoup. L'endroit paraît crado, mais une ancienne employée réussit à nous le rendre sympathique.
C'est parce que le ronronnement des projecteurs endormait littéralement les spectateurs que les musiciens sont apparus, pour les tenir bien éveillés en accompagnant la trame dramatique. Réalité qu'on connaît moins : on engageait aussi des «bonimenteurs», qui commentaient à voix haute ce qu'ils voyaient à l'écran.
Les gigantesques salles de l'époque, aux murs et plafonds joliment ornés, souhaitaient projeter le luxe, le rêve. Certaines avaient même des fontaines. Aujourd'hui, on a les autos tamponneuses et les comptoirs à hot-dogs.
Souvenirs
Les défis de jadis font sourire quand on les regarde en 2012. Le passage du cinéma muet au cinéma parlant en 1928 a constitué tout un défi pour les salles de l'époque, qui ne disposaient évidemment pas de haut-parleurs. On était loin du dolby, les boîtes de son étant placées au départ derrière l'écran. Les syndicats de musiciens ont bien réussi au début à obtenir que les salles maintiennent 50 % de films muets à leur programmation, mais ils ont tous fini par perdre leurs emplois.
Tout le passage sur la censure, au deuxième épisode, rappelle que le Québec vivait en pleine privation il n'y a pas si longtemps. Bien avant qu'il disparaisse en 1967, le Bureau de censure mettait le ciseau dans la pellicule quand les héros s'embrassaient et si on avait le malheur de prononcer le mot divorce, banni du vocabulaire par le clergé, longtemps ennemi du cinéma.
L'avenir n'est pas plus rose. Quand les employés de Tom Fermanian sortent du cinéma Pine à Sainte-Adèle tout le matériel de projection pour le remplacer par un minuscule projecteur numérique, on sent toute la charge émotive de cette transformation. Propriétaire du ciné-parc Joliette, Frédéric Venne ne se fait pas d'illusion, et se voit mal remplacer tout son matériel par des projecteurs numériques, un investissement majeur. Un des experts prédit d'ailleurs la mort prochaine des ciné-parcs...