Devenue Info 800 et Québec 800 ces dernières années, CHRC a été un joueur marquant pendant des décennies à Québec.
«Comme machine de guerre, c'était une force médiatique absolument énorme», se rappelle l'analyste du monde des médias Claude Thibodeau, qui a roulé sa bosse un peu partout dans le monde de la radio.
«La période d'or de CHRC a été les années 1950 à 1975. Dans cette fenêtre-là, l'importance relative de la station à Québec, sa domination, sa capacité à faire de l'argent et le fait qu'elle était intégrée à ce moment-là dans le giron de Télé-Capitale. C'était gros!» poursuit Claude Thibodeau.
Une époque où les animateurs avaient la cote. «Des personnalités qui étaient plus grandes que nature», se souvient Claude Thibodeau. «Quand on dit aujourd'hui que les vedettes de l'époque étaient littéralement des dieux...»
L'arrivée de la bande FM
L'arrivée de la bande FM et des changements houleux de propriétaires ont toutefois ébranlé la station. Au milieu des années 80, un groupe mené par André Arthur, Jacques Duhamel et Jacques Grenier a acquis CHRC. «Pour Arthur et ses associés, c'était une espèce de promesse qu'ils allaient acheter littéralement la poule aux oeufs d'or. Ils avaient André Arthur, Marc Simoneau. Ils avaient même CHOI-FM, même s'ils ne savaient pas quoi en faire! Le ciel était bleu, tout ne pouvait aller que très bien», évoque Claude Thibodeau.
Or, le FM a changé les habitudes des auditeurs. Le FM93 a pris la pole, et des tensions entre actionnaires ont fait leur apparition. «La cohabitation des coactionnaires était très difficile et laborieuse. Il y avait beaucoup de luttes intestines entre eux, souligne l'analyste. La station s'est trouvée aux portes d'une faillite. Arthur et compagnie ont quitté les lieux, le groupe Tanguay a repris. Puis Radiomutuel-Télémédia a racheté...»
Et ce n'était pas la fin. La station a pris ces dernières années une vocation sportive sous la propriété du trio Michel Cadrin-Jacques Tanguay-Patrick Roy. En vain. Pas assez rentable, elle cessera ses émissions en direct ce soir.
Vedettes d'une époque révolue
Des tournées fort courues en région. Des séances de signatures d'autographes avec des auditeurs. Les anciens artisans de CHRC ont connu la belle époque, quand la radio en menait large dans le coeur des citoyens.
«On était des vedettes de l'époque.» Nap Gariépy se souvient encore de ces années où CHRC était indétrônable. «On était fort bien accueillis dans les régions, les gens avaient nos photos, étaient contents de nous parler, de nous faire signer des autographes. Et nous, ça nous embarrassait un petit peu... On ne se pensait pas aussi importants. Mais pour eux, on était important!» lance celui qui a travaillé à CHRC pendant plus de trois décennies, de 1961 à 1994.
L'ancien animateur se rappelle du vif succès remporté auprès des femmes. «J'avais une émission en avant-midi. C'était surtout un public féminin, car les femmes étaient à la maison. Alors, forcément, on entrait dans leurs maisons, tous les matins. On était importants pour eux. On était les vedettes du temps.»
André Paillé a lui aussi été aux premières loges de l'évolution de l'ancienne reine du AM. «J'ai eu le bonheur d'être employé à CHRC. Et quand j'ai commencé, évidemment, c'était toute une machine! C'était quatre étages sur la rue Saint-Jean. C'était très noble, à quelque part», confie l'ancien animateur.
«CHRC était roi et maître», rappelle celui qui y a travaillé de 1967 à 2000. «Il y avait une ligne ouverte le matin, et son célèbre concours Bonjour CHRC, où on donnait 1500 $ en argent. Et il fallait presque être universitaire pour répondre aux questions!»
Du jamais-vu pour l'époque, et une audace qu'on ne voit même plus de nos jours, soutient-il. «C'était un vrai gros concours! Imaginez, 1500 $ à l'époque... Même les animateurs qui faisaient ce concours avaient un stress incroyable. Je me rappelle que Louis Hardy, quand il a fait ce concours, il était d'une nervosité incroyable. Il fallait faire ses classes!»
30 septembre, jour sombre
Le dernier jour d'antenne en direct de Québec 800 (ancienne CHRC) sera un 30 septembre. Une date déjà marquée au fer rouge pour les artisans de la radio. Le 30 septembre 1994, Télémédia et Radiomutuel fusionnent. Des stations AM ferment sur le champ, dont la populaire CJRP à Québec - CHRC survit aux coupes.
L'animateur vedette de CJRP Robert Gillet est informé de la fermeture durant la pause de son émission... et il n'aura jamais la chance de revenir au micro. Le soir même de l'annonce, les stations ont cessé leurs émissions.