Un grief contre le code en question a été déposé à la mi-avril par le Syndicat, qui en a informé ses membres samedi dernier, explique au Soleil le président du SCRC, Alex Levasseur.
Le président dénonce que la haute direction de Radio-Canada exige des employés l'équivalent d'un «serment d'allégeance» aux ministres du gouvernement Harper, au même titre que les fonctionnaires fédéraux.
Des modifications ont été apportées au Code de conduite qui encadre la pratique des employés de Radio-Canada le 2 avril dernier. Le précédent code datait de novembre 2006.
Parmi les irritants pour le Syndicat, l'obligation que les employés «aident les ministres à rendre compte au Parlement et à la population canadienne».
Une mesure qui va à l'encontre de la «saine distance» qui doit séparer le gouvernement et le diffuseur public, dénonce M. Levasseur. Toute la différence entre faire un travail de journaliste et celui de porte-parole, poursuit-il.
«C'est complètement offensant, dit le président du SCRC. On ne peut pas accepter d'être à la solde ou de nous asservir au pouvoir politique. [...] Il faut dénoncer cela.»
Les dépenses excessives de la ministre conservatrice Bev Oda, à Londres, auraient-elles pu être dénoncées par Radio-Canada en vertu de ce nouveau code? demande M. Levasseur «Ce n'est vraiment pas certain, soutient-il. Je ne pense pas qu'on puisse dire que ça "aide" la ministre.»
Aussi, l'application de Loi sur la protection des fonctionnaires divulgateurs d'actes répréhensibles accole le statut de «fonctionnaire» aux journalistes, sans tenir compte de leur obligation d'indépendance professionnelle, dit M. Levasseur.
Selon lui, le contenu du nouveau code a été approuvé par le conseil d'administration et son président, Hubert Lacroix. Ce dernier rencontre régulièrement et en privé le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, poursuit M. Levasseur.
«Intimidation»
Comme le code de conduite précédent, le nouveau prévient que l'employé qui ne s'y conforme pas «s'expose à des mesures disciplinaires pouvant aller jusqu'au congédiement immédiat».
En assemblée générale, samedi, la lecture de ces nouveaux éléments a fait «tomber les bras» des travailleurs de l'information de Radio-Canada, dit M. Levasseur. Le Syndicat estime que cela s'inscrit dans l'entreprise d'«intimidation» du gouvernement envers la société d'État, qui s'ajoute aux récentes compressions budgétaires.
Alors qu'elles étaient inexistantes, au moins deux références aux élus et à leur rôle se retrouvent dans le nouveau code. Outre le passage sur les ministres, il est stipulé que «les employés de CBC/Radio-Canada reconnaissent que les élus sont responsables devant le Parlement et, par conséquent, devant la population canadienne». On précise que les employés doivent se conformer aux lois, politiques et directives «d'une manière qui est et paraît non partisane et impartiale».
Ces obligations s'appliquent aussi bien au service des nouvelles qu'à des émissions comme Tout le monde en parle ou Et Dieu créa Laflaque, estime M. Levasseur.
Chaque année, tous les employés doivent signer une copie du code de conduite et la faire parvenir à leur gestionnaire pour confirmer qu'ils ont «lu et compris» le document. Le SCRC exhorte ses membres à ne pas signer le nouveau code avant que ses représentants en sachent plus sur ses implications.
Le grief du Syndicat affirme que le code contrevient à la «liberté d'expression» et aux «obligations professionnelles des membres». Le syndicat des techniciens de la société d'État en aurait fait un similaire, affirme M. Levasseur. Une information que Le Soleil n'a pu confirmer en soirée.
La haute direction de Radio-Canada a refusé de s'expliquer en raison du grief déposé. «Quand on reçoit un grief comme ceux-là, on les analyse et on ne fait pas de commentaire, indique le porte-parole Marco Dubé. On va le lire attentivement et on réagira en temps et lieu.»