La jeune Sophie Nélisse allait le suivre pour le Jutra de la meilleure actrice de soutien dans le même film : «Je sais pas trop comment ça marche avec les votes, là, mais merci!» L'innocence, la spontanéité, la fraîcheur, retenez ces mots, chers gagnants.
En fin de gala, devant une assistance visiblement ravie au Théâtre Saint-Denis, les réalisateurs Jean-Marc Vallée et Denis Villeneuve soulignaient à quel point le cinéma québécois vivait un âge d'or. Ils ont tout à fait raison, et pourtant, j'avais l'impression dimanche de ne pas être inclus dans la «clique» du cinéma, les animateurs s'adressant beaucoup aux gens dans la salle, et trop peu aux téléspectateurs. N'oublions jamais qu'un gala, c'est de la télévision. Invitez-nous à votre party, de grâce, et mettez les paroles de vos chansons humoristiques au bas de l'écran pour qu'on comprenne ce que vous dites et qu'on rie avec vous.
Parce que, entendons-nous bien, les Jutra n'ont jamais été aussi bons que depuis l'an dernier, avec l'arrivée d'Yves Pelletier et le retour de Sylvie Moreau. La soirée de dimanche a d'ailleurs commencé en lion avec une incursion des deux animateurs dans plusieurs scènes-clés des films en nomination. Voir Sylvie Moreau et Yves Pelletier sortir du derrière d'une vache (une scène de Marécages), je ne pensais pas voir ça un jour.
Touchant et très significatif, cet hommage signé Anaïs Barbeau-Lavalette à la cinéaste et comédienne Paule Baillargeon, grande amie de Claude Jutra, qui aurait eu 82 ans dimanche. On le sentait bien là, dans la salle avec l'audience, quand l'«hommagée» l'a évoqué. «J'ai toujours voulu gagner un Jutra!» a lancé la réalisatrice, émue au point d'avoir du mal à entreprendre son discours.
Tout au long de la soirée, un leitmotiv : les coupes en culture, tant redoutées à la veille du prochain budget fédéral, et la cause des étudiants. Le carré rouge était d'ailleurs à la mode dimanche soir, la chemise d'Emmanuel Bilodeau en était recouverte, et Yves Pelletier a donné rendez-vous aux gens à une manif en précisant la date. On a aussi blagué souvent sur la méthode de votation des Jutra, constamment remise en question.
Brillante idée de demander à Misteur Valaire de donner sa propre touche aux trames musicales en nomination. Nommé meilleur réalisation, Philippe Falardeau a envoyé une taloche bien sentie à la télé-réalité, rappelant qu'à l'époque de La course destination monde, on ne mettait pas les jeunes dans des lofts, mais on leur donnait des caméras pour qu'ils se servent de leur intelligence.
«Oui, je vais retravailler avec toi. Mais faut que tu réussisses l'audition!» a-t-il lancé à son jeune acteur, Émilien Néron, qui jouait la stupéfaction.
Les Jutra sont peut-être «50 fois meilleurs que les Génie» - dixit le producteur de Monsieur Lazhar -, encore faut-il qu'on y trouve notre place, à partir de nos foyers. Et on ne demande que ça!