Harold Rhéaume: dans l'univers de Fluide

Pour le chorégraphe Harold Rhéaume, chaque pièce donne... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Pour le chorégraphe Harold Rhéaume, chaque pièce donne naissance à un univers unique. Celui qu'il a imaginé pour Fluide fait graviter sept danseurs plongés dans le tourbillon d'une société individualiste et dure, à la recherche de chaleur humaine. À quelques jours de la première, Le Soleil a rencontré le directeur artistique de la compagnie Le Fils d'Adrien danse.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Fluide, la nouvelle création d'Harold Rhéaume, cherche à apporter un peu de chaleur humaine dans le tourbillon déshumanisé de la vie d'aujourd'hui. La première, demain soir, à la salle Octave-Crémazie, représente également une sorte de consécration pour le chorégraphe de Québec et directeur artistique de la compagnie Le Fils d'Adrien danse. Le Soleil l'a rencontré alors que son équipe et lui donnent les dernières touches à la pièce.

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Fluide, la nouvelle création d'Harold Rhéaume

Le Soleil

Q: Harold Rhéaume, vous dirigez Le Fils d'Adrien danse, une compagnie de danse contemporaine. Le grand public connaît votre travail notamment grâce au Fil de l'histoire, oeuvre narrative inspirée de l'histoire de Québec et créée à l'occasion du 400e de la ville. Vos pièces, à l'image de celle-ci, ne sont jamais totalement abstraites...

R: C'est peut-être à cause de mon parcours. Avant de faire de la danse, je voulais être acteur. J'ai fait mes auditions au Conservatoire d'art dramatique. J'ai été choisi dans les stages. On acceptait 13 candidats cette année-là. J'étais le 14e. J'ai attendu tout l'été. Il n'y a pas eu de désistement. J'ai fait une audition en parallèle à l'école de danse et on m'a accepté. Donc, à l'âge de 20 ans, j'ai commencé ma formation à l'École de danse de Québec. J'en ai maintenant 47.

Q: On peut commencer à danser de façon professionnelle aussi tardivement?

R: Alan Lake, un interprète magnifique, a commencé à 24 ans. À cet âge-là, les garçons le font par choix et avec tellement de volonté qu'ils prennent les bouchées doubles. On ne rattrape peut-être pas les filles, mais on rattrape sûrement le temps perdu.

Q: Vous reconnaissez donc à vos pièces une dimension dramatique...

R: Mes premières pièces étaient peut-être plus théâtrales, dans le sens plaqué du terme. Maintenant, la théâtralité est intégrée dans la danse. Il y a une situation dramatique. Ce n'est pas totalement abstrait. Dans Fluide, une série d'êtres humains sont constamment en rencontre les uns avec les autres. Chaque rencontre est porteuse de sens. Même si le langage physique est abstrait, le spectateur peut s'y reconnaître.

Q: On peut y reconnaître des personnages?

R: Je parlerais plutôt de personnalités. Il y a sept individus que j'ai choisis pour ce qu'ils sont comme êtres humains et comme danseurs, et pour ce qu'ils apportent comme vécu. Chacun a vraiment une feuille de route très distincte.

Q: Les interprètes donnent donc le ton à la pièce?

R: Oui. À chaque projet, je rassemble des danseurs et il se développe une sorte de famille artistique à l'intérieur de la pièce. On a créé Fluide à Ottawa en juin, on la présente cette semaine à Québec, puis à l'Agora de la danse [à Montréal] et à Valleyfield en février. L'an prochain, on repart en tournée, car on sait déjà que le reste du Québec est intéressé. On se croise les doigts pour avoir les mêmes danseurs.

Q: Un titre comme Fluide ratisse large. Comment la pièce s'inscrit-elle dans le temps présent?

R: Je trouve que le monde dans lequel on évolue manque de fluidité, de chaleur humaine. Les enfants grandissent pratiquement tout seuls, sans parents, avec leur téléphone et leur manette. Il y a comme une déshumanisation qui se produit plus ou moins à notre insu. On le sait, mais on se fait tous emporter, on a tous nos bidules, nos gadgets. Au-delà de ça, il y a aussi la violence et la guerre. On a beau évoluer comme être humain, on dirait qu'on n'apprend pas de nos erreurs comme société. Je dirais que tout ça pourrait représenter une grosse marmite d'idées.

Q: Et comment cela se traduit-il sur scène?

R: Ça peut paraître un peu ésotérique, mais pour moi, c'est un peu une transposition du corps. Le corps est un assemblage d'organismes interdépendants, de cellules qui vivent dans un fluide. L'assemblage chorégraphique est fait de manière à ce que chaque danseur soit dépendant des autres. On a vraiment besoin des sept individus pour créer le tableau, pour bâtir chaque situation.

Q: Qu'est-ce qui vous inspire?

R: Les choses qui me font du bien, me bouleversent, me touchent, me choquent. Parfois on va traiter de solitude, de violence ou d'oppression, ça va jouer dur, mais on sentira toujours la force de ralliement de cette tribu qui a besoin des uns et des autres pour vivre. C'est vraiment ensemble qu'ils réussissent à passer à travers leurs épreuves. C'est dans ce sens-là que le spectateur pourra reconnaître des situations de sa propre vie.

Q: On pourrait dire que Fluide représente un tout organique...

R: Vraiment. Surtout cette pièce-là. Le corps n'est pas rigide, droit, vertical, comme en ballet. Il est dans une mouvance constante, une espèce d'ondulation. Esthétiquement, l'espace dans lequel les danseurs évoluent explore l'architecture. Bernard White, à la scénographie et aux éclairages, a conçu un très grand meuble horizontal que les danseurs vont habiter. C'est un univers très, très blanc. Comme il a un côté très clinique, Philippe Dubuc est arrivé avec des costumes très près du corps qui font miroiter la lumière, comme un fluide foncé. Le plateau est une toile sur laquelle les danseurs se détachent comme des pigments noirs.

Q: La froideur du design, la chaleur de la vie...

R: La chaleur vient de l'être humain, oui. Je trouve que le contraste donne plus de force à l'idée.

Q: Le Grand Théâtre de Québec vous ouvre pour la première fois ses portes en tant que créateur. Pour vous, c'est la consécration?

R: Vraiment. Pour moi, c'est une étape importante dans l'évolution de la compagnie. C'est une salle mythique. Je me suis promené à travers le monde et j'ai vu des salles de spectacle magnifiques, et le Grand Théâtre en fait partie. J'ai réalisé un rêve le jour où j'ai dansé à Octave-Crémazie, c'est un rêve que j'ai réalisé, mais là, j'y présente mon travail. C'est important. Ça m'a permis de mûrir dans ma démarche et d'arriver avec une pièce à la hauteur de ce lieu-là.

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