Le critique du New York Times Anthony Tommasini avait vu la version de The Tempest composée par Thomas Adès à sa création à Londres en 2004.
«Je m'étais alors dit que The Tempest était un des opéras les plus inspirés, audacieux et personnels produits depuis des années. Je le pense encore plus fortement après avoir vu la fantastique production du MET», écrit-il dans sa critique publiée mercredi.
Moins convaincue, Anne Midgette du Washington Post reproche notamment à Robert Lepage d'être «cliché» en campant son opéra dans un opéra (la Scala de Milan). «On a vu ça des dizaines de fois», écrit-elle en soulignant toutefois des forces de la production. «Il y a beaucoup de choses à aimer dans The Tempest. J'ai détesté le premier acte, adoré le deuxième et je suis encore ambivalente sur le troisième. Mais malgré tout, l'oeuvre vaut le détour», écrit-elle.
Longue ovation
Avant que les critiques ne se soient prononcées, Le Soleil avait constaté mardi soir un enthousiasme pour The Tempest dans les coulisses de la première new-yorkaise.
«J'aime beaucoup ce que j'ai vu. Lepage est arrivé à faire quelque chose d'humain, d'intimiste», a commenté mardi Russell Platt, critique musical au New Yorker rencontré dans la salle de presse du Met.
M. Platt rappelle que la Tétralogie de Richard Wagner, série en quatre volets amorcée en septembre 2010 avec L'or du Rhin, avait bousculé les puristes. «Il y avait eu des huées, des sentiments très partagés», a relaté M. Platt.
Mais mardi, la longue ovation - Le Soleil a compté au moins huit minutes - ne mentait pas. Rencontré après la représentation, Robert Lepage semblait satisfait de l'accueil pour ce spectacle, qui, dit-il, «trouvera son public» au cours des sept prochaines représentations.
Le croqueur d'opéra
«Il y a des opéras modernes que je n'aime pas. Mais cette production-là est tellement touchante et complexe qu'elle nous envahit», a pour sa part commenté Ken Howard, aussi rencontré mardi.
Et M. Howard parle en connaissance de cause: The Tempest, une oeuvre «puissante», dit-il, a beau avoir été présentée pour une première fois à New York, il l'a déjà vu... cinq fois.
C'est que Ken Howard a une arme qui lui ouvre toutes grandes les portes et les planches: son appareil photo. Photographe d'art lyrique depuis plus de 40 ans, ce pigiste est embauché par le Metropolitan Opera. «J'ai fait des photos des répétitions de The Tempest, explique-t-il. Tous les jours, parfois de cinq à six heures par jour.»
Il connaît bien les mises en scène de Robert Lepage pour avoir photographié son cycle de quatre opéras de Wagner au Met. Ses contrats pour des compagnies d'opéra l'amènent partout aux États-Unis.
«C'est beaucoup de travail, mais j'aime ça», explique M. Howard, qui a commencé par des photos de théâtre dans son San Diego natal.
Puis, au début des années 70, une copine lui a fait découvrir l'opéra. «J'ai adoré. Il n'y a rien de plus grand que l'opéra. L'opéra, c'est du théâtre sur les stéroïdes.»