Il ratisse large, M. Fugain, avec ce nouveau spectacle. Et il se montre généreux : plus de 35 titres inscrits au programme. Plusieurs tirés de son dernier album, paru cette année, et bon nombre de chouchous du public. Pas nécessairement dans cet ordre : le chanteur avait une histoire à raconter, hier, et c'est cette histoire qui a dicté son programme musical.
Le père du Big Bazar ne voyage pas léger. Il s'est amené à la Salle Albert-Rousseau accompagné de six musiciens et d'une grande malle remplie d'anecdotes, d'observations, d'opinions, de récits parfois graves, mais souvent rigolos. Il a ouvert les compartiments un à un, dévoilant des blocs de chansons regroupées par thèmes : des rêves aériens (la nouvelle Funambule côtoyant le classique Fais comme l'oiseau), la jeunesse (Dis oui au maître, Les gentils, les méchants...), l'arrivée à Paris (On laisse tous un jour, Les années guitare), l'amour... L'ouverture de cette parenthèse nous a amenés directement à Une belle histoire, la chanson qui change tout, «celle qui paie la maison, le gazon, le paillasson», puis à l'époque du Big Bazar (La fête, Bravo Monsieur le monde, Les Acadiens), qui a galvanisé la foule avant l'entracte.
Contrastes
La deuxième partie du concert donnera lieu à des moments chaleureux (Les Sud-Américaines), mais à d'autres, infiniment plus graves. Michel Fugain s'est fait intense pour évoquer la guerre en Afghanistan (Un enfant) et dénoncer le fascisme avec La bête immonde, qu'il a reprise par deux fois après s'y être accroché. «Je me suis planté et je ne veux pas me planter sur cette chanson», s'est-il excusé. «C'est pas grave, on t'aime!» a lancé une spectatrice.
À 70 ans, Michel Fugain a encore l'air d'un gamin sur scène : il danse, sautille, tournoie, souligne les effets dramatiques à grands gestes. Il a offert hier un spectacle réglé au quart de tour. Tellement que la spontanéité en a un peu souffert par moments.
Il s'est toutefois rattrapé de superbe façon au rappel, en racontant les circonstances qui ont mené à la création de l'immortelle Je n'aurai pas le temps. Une mélodie qui lui est «tombée dessus» en cinq minutes, juste avant de passer à table. «Cinq minutes, une vie», a-t-il résumé.
Le spectacle s'est terminé dans un instant de communion, alors que la foule debout a entonné Chante avec Fugain. Ce dernier, l'air ému, a ajouté une pièce au programme, livrée a capella et dédiée à l'ami Max Gros-Louis, bien installé au parterre, ainsi qu'aux étudiants québécois «qui se sont bien battus». «Soyez heureux!» a-t-il lancé au public avant de quitter la scène. Toute une fin de soirée!