Laura Whalen nous donne de Violetta une image absolument exacte, c'est-à-dire complexe et surtout pas caricaturale. La soprano ne recherche pas l'effet pour l'effet, ni à démontrer la puissance de sa voix. Elle s'applique à chanter aussi naturellement que possible. Ses gestes sont libres et détendus, ou alors spontanés.
On reconnaît chez l'interprète la comédienne qui chante, et qui chante joliment bien, bien plus qu'une chanteuse qui joue la comédie. Sa voix peut par ailleurs ajouter une note flamboyante au personnage lorsque le contexte le justifie et que la partition le demande, comme c'est le cas dans Sempre libera, marqué assai brillante («très brillant»). Même qu'en clôturant l'acte au moyen d'un robuste mi bémol, Mme Whalen en donne plus que le compositeur en demande.
L'Alfredo d'Antoine Bélanger fait un contraste intéressant. La voix est belle et elle s'équilibre bien avec celle de Violetta. Sa présence et sa puissance laissent modestement la première place à l'héroïne et c'est parfait ainsi.
Gaétan Laperrière joue Germont en artiste sensible qui possède une compréhension profonde du personnage de Germont, assez pour pouvoir à la fois communiquer sa réserve et son émoi. Pour ajouter à sa vraisemblance, le baryton a tout à fait le physique de l'emploi, et il prête au père d'Alfredo sa voix mûre et solidement appuyée.
Son magnifique grand duo avec Violetta, au deuxième acte, aurait mérité d'être bissé.
La direction musicale de Daniel Lipton s'ancre dans la partition, mais s'appuie sur une bonne dose d'intelligence et traduit un véritable amour et la musique. Les violons I et II ouvrent l'oeuvre pianississimo, ce qui ne veut pas dire sans expression. Dans un simple accent inscrit au quatrième temps de la troisième mesure, Verdi annonce le drame à venir. La ferveur de l'amour, la hauteur du sacrifice, tout y est déjà.
L'Orchestre symphonique de Québec répond présent et joue avec précision. Les interventions du choeur sont toujours marquantes. Les choristes réussissent à lâcher prise, à ne pas se prendre trop au sérieux, bref à jouer le jeu, eux aussi.
Avec des décors peints, des robes de coton aux couleurs délavées, la scénographie faite dans la tradition. Quelques changements d'éclairages dramatiques ajoutent une pointe de modernité au spectacle, mis en scène par François Racine. À noter, un beau et grand escalier d'honneur qui descend, côté cour, et qui rappelle celui du Palais Garnier à Paris.
L'OPÉRA DE QUÉBEC. La Traviata, opéra de trois actes de G. Verdi. Samedi soir à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre. En reprise mardi, jeudi et samedi à 20h (à noter que la production affiche complet).