Dans cet hybride, qui tient du conte, du spectacle d'humoriste et du solo dramatique, le dramaturge laisse parler son alter ego, L'chum à Chabot - qui pourrait bien être le fils spirituel du gars de la shop d'Yvon Deschamps, en moins niaiseux et plus contemporain. C'est avec ce personnage décapant mais profondément humain que nous avons fait l'entrevue.
Q L'chum, c'est ton deuxième solo après Scotstown. Mais pourquoi les gens devraient perdre leur soirée à venir t'écouter?
R Contrairement à la télé, y a pas d'annonce... Pis parce que je ne leur conterai pas de menteries. Je ne me cache pas. Je me présente comme je suis. Embarque ou embarque pas, moi, je vais par là. J'ai rien à vendre, juste des histoires à raconter. Pis y paraît que je suis drôle. [rires]
Q Dans Cranbourne, t'aspires au bonheur normalisé: une job steady pis une femme. Pourquoi?
R Parce que je suis rendu à un moment de ma vie où je pense que ça peut fonctionner. Remarque, c'est pas «normal» dans mon univers. C'est ce que je veux maintenant: chercher l'amour. La job, on verra. Y en a qui disent que c'est normal, mais c'est pas ce que la vie m'a appris.
Q On dit que t'es trop cru, y a même un avertissement sur l'annonce du show, suggéré aux 13 ans et plus. Trouves-tu que t'es vulgaire?
R Non. La vulgarité, c'est pas ça. C'est se mettre le nez où on n'a pas d'affaire. Les gens vulgaires sont ceux qui cachent quelque chose en dessous du masque. Le mensonge est vulgaire. Ou chercher le drame chez les autres pour se conforter. Le faux-fuyant est vulgaire. Les gens qui font du racolage pis du vendage émotif, je les ai dans l'cul. Je ne suis pas vulgaire. C'est qui le garant de la langue? À ce que je sache, les églises se vident... Crissez-moi patience avec les sacres. Je vais arrêter de sacrer le jour où ce ne sera plus sacré. Il n'y aura plus d'intérêt. Ces mots-là, on les utilise parce qu'ils ont une portée et qu'ils sont profondément nous-mêmes. Pour moi, Michèle Richard est vulgaire, stie. Et il y en a un paquet de même qui sont d'une vulgarité sans nom. Ma langue empêche pas la poésie d'exister.
Q T'es un loser ou juste pas chanceux?
R Je ne suis pas chanceux. J'ai eu des bad lucks. Mais je ne crois pas trop à ça, la chance ou la malchance. T'avances. Même si on n'est pas responsable de tout ce qui nous arrive, ça dépend quand même du choix qu'on fait, pis par où on décide de passer. Ma vie aurait pu être différente si j'avais plus qu'un secondaire II. On ne part pas tous de la même place. L'important, c'est le chemin parcouru.
Q T'es un gars de la campagne, avec tout ce qui vient avec. Penses-tu t'installer en ville un jour?
R Je pense que oui. Si la vie m'y amène, ça me fait pas peur. Mais préparez-vous [rires]. Je suis un gars très libre. C'est comme si la ville met la vie dans des cases, moi, j'accepte pas qu'on me mette dans une case.
Q As-tu plus ou moins de préjugés que la moyenne des ours?
R J'ai pas de préjugés. Je m'informe: j'écoute la TV, je lis le journal, j'écoute le monde... Ce que je pense, je n'y pense pas depuis cinq minutes, j'y pense depuis longtemps. Pis mes idées peuvent bouger. Je ne suis pas quelqu'un de fermé. Je connais même trois Noirs.
Q Qu'est-ce que tu penses de ça, toi, les artistes?
R Sont libres de pratiquer le loisir qu'ils veulent. Si t'as envie de mettre cinq, six couleurs pis qu'on comprend rien, t'es libre aussi d'essayer de vendre ça 500$, ça veut pas dire que je vais l'acheter. Même chose avec la musique. Il n'y a pas de Cliff Burton à tous les coins de rue. Moi, j'écoute du vieux métal.
Vous voulez y aller?
Quoi: Cranbourne
Quand: 24 octobre, 20h
Où: Grand Théâtre de Québec
Billets: 29 $ à 35,50 $
Tél.: 418 643-8131
Le troisième tome dans sa tête
Fabien Cloutier est sorti du Conservatoire d'art dramatique de Québec en 2001. Il a joué dans une trentaine de productions depuis. Il a souffert du syndrome de l'imposteur quand il s'est mis à écrire. Plus maintenant. Sa pièce Billy (les jours de hurlement) a gagné le prix Gratien-Gélinas 2011 et a été retenue pour les Prix du gouverneur général en théâtre, Cranbourne est en nomination pour le prix Michel-Tremblay. Le troisième tome des aventures du Chum à Chabot est déjà «pas mal écrit» dans la tête de Fabien Cloutier et devrait voir le jour d'ici deux, trois ans. Il sera question de l'enfance du Chum et des répercussions sur sa vie d'adulte, de rédemption et de pardon, aussi.
Ah ben! Sacrifice
Grosse année pour Fabien Cloutier : en plus de jouer dans Le projet Laramie, qui sera à l'affiche du Trident à compter du 6 novembre, de décrocher un petit rôle dans le film La maison du pêcheur d'Alain Chartrand et dans deux épisodes de la série Les Bobos de Marc Labrèche, il a aussi trouvé le temps d'écrire et de mettre en scène Sacrifice. Présentée une seule fois à Québec, sa charge à fond de train contre l'abrutissement du peuple sera de retour le 4 novembre au Cercle, avec des possibilités d'autres représentations en décembre. Il prépare aussi l'adaptation au théâtre du film-culte La guerre des tuques, qui sera jouée en extérieur cet hiver au Musée national des beaux-arts du Québec.