Bélanger a l'habitude des collaborations. Depuis qu'il a commencé à souffler dans son harmonica aux côtés de Bob Walsh, il a croisé les plus grands d'ici et d'ailleurs, de Muddy Waters à B.B. King en passant par Offenbach. Si chacune de ses rencontres l'a fait grandir, c'est celle avec un musicien français qui l'a incité à se dépasser. Il y a plusieurs années, le défunt harmoniciste Claude Garden offrait un concert-causerie auquel Bélanger avait assisté. Garden, spécialiste de l'harmonica chromatique, s'était mis à mépriser l'harmonica diatonique que chérissait Bélanger, y voyant un jouet...
«J'étais brisé en morceaux, se remémore l'artiste originaire de Beauport. À la fin, il y avait une séance de signature. Il m'avait demandé si je jouais de l'harmonica. J'avais répondu oui, il m'avait souhaité bonne chance, puis je lui avais dit, du haut de mes 17 ans : "D'un jouet d'enfant, je vais en faire un instrument d'adulte, M. Garden!"»
Fructueuses collaborations
Quand il songe à cet épisode avec Garden, Bélanger rigole. N'empêche, il a gagné son pari. L'harmonica lui a en effet permis de voyager, de travailler auprès de maints artistes ou de signer des bandes sonores de films et de séries télé. Après 37 ans dans le milieu, c'est loin de s'arrêter : il bosse ces jours-ci sur la musique d'une pièce de théâtre destinée à un jeune public et, bien sûr, il défend avec fierté son nouvel enregistrement, qui est à l'image de sa carrière : rempli de collaborations. Les France D'Amour, Antoine Gratton ou encore Nanette Workman l'ont côtoyé en studio.
«J'avais des idées de son de Louisiane, parce que je voulais que ce soit festif, mais je reviens toujours à ce que j'aime le plus : amener l'harmonica ailleurs un peu. J'aime beaucoup les ambiances, les couleurs. Je ne suis pas un bluesman pur et dur, j'aime plusieurs styles.»
Vrai que Dusty Trails ratisse large, avec des titres funk, honky tonk, folk, qui viennent s'insérer à travers des pièces blues. Bélanger, qui a une signature forte, est omniprésent, mais s'efforce de toujours servir les musiques, plutôt que son ego.
Aller à l'essentiel
Le musicien de 54 ans confie avoir appris, au fil des ans, à laisser tomber les excès de toutes sortes pour aller à l'essentiel. Il estime qu'on ne peut rien cacher avec l'harmonica - «Quand tu tousses, il tousse, quand tu as le hoquet, il a le hoquet.» Est-ce à dire qu'il peut être aussi mélancolique que les envolées plaintives qu'il partage sur ses compositions atmosphériques?
«Peut-être, oui. J'aime mieux revoir un vieux [film de] Truffaut que voir le dernier The Avengers... Mais je me suis assagi, aussi, à l'harmo. Avec une note, maintenant, j'essaie d'en dire plus, en jouant sur la vélocité. Miles Davis disait "less is more". Je crois que je l'ai compris à moment donné...»
Pour bien transcrire son univers sur les planches, Guy Bélanger sera entouré de Gilles Sioui (voix, guitares), d'André Lachance (voix, guitares), de Marc-André Drouin (basse), ainsi que de Bernard Deslauriers (batterie). L'ex-Offenbach Breen Leboeuf, qu'on voit trop peu ces temps-ci, prendra le micro sur trois chansons.
«Je veux défendre cet album-là ici, et je veux ensuite aller de l'autre bord [en Europe], parce qu'on a quand même une bonne presse là-bas. Je veux vraiment faire quelque chose de plus étoffé en France, parce que je suis en lien avec un festival là-bas depuis plusieurs années...»
Vous voulez y aller?
QUI : Guy Bélanger Blues Band
QUAND : samedi, à 20h
OÙ : Grand Théâtre
BILLETS : de 29 $ (étudiants) à 36 $
TÉL. : 418 643-8131