Pour Paolo Fresu, être un musicien contemporain signifie être ouvert aux collaborations, sans discrimination stylistique. C'est pourquoi le jazzman italien peut un jour souffler dans un contexte world, pour ensuite s'intéresser à la musique baroque ou à la pop. Le même esprit d'ouverture règne lorsqu'il côtoie les Uri Caine, Richard Galliano, Ralph Towner ou Carla Bley dans divers ensembles, de duo à formation élargie. Aussi, après l'avoir vu à Québec dans l'hommage à Ferré intitulé F. à Léo, aux côtés de Gianmaria Testa et de Roberto Cipelli, c'est à un tout autre type de performance à laquelle nous aurons droit lorsqu'il se produira avec son comparse cubain, Omar Sosa.
«Ça me plaît beaucoup, l'idée de changer de formation, indique-t-il, dans un excellent français. Je ne m'ennuie pas - c'est un mot un peu lourd -, c'est plutôt la curiosité qui me fait sauter d'un projet à l'autre, de faire de la musique un peu différente, avec des sonorités un peu différentes, avec des musiciens différents.»
La famille d'abord
Quand il le juge bon, Fresu passe sa trompette à travers des effets, y met une sourdine ou la troque pour un bugle. Or peu importe l'emballage choisi, il apporte toujours une signature forte. Chez lui, pas d'envolées alambiquées, de poudre aux yeux ou de concours de vitesse. Les notes sont poétiques et aériennes, voire mélancoliques, sortant de l'instrument avec parcimonie.
«Pour moi, la musique est quelque chose qui vient de l'estomac plutôt que de la tête : il faut qu'il y ait une émotion. Alors, à partir de là, je pense que l'unique façon de procurer de l'émotion est de laisser le silence, car c'est le silence qui donne le sens à la musique. C'est quelque chose que j'ai appris avec Miles Davis, et, chaque jour depuis 30 ans, j'essaie d'arriver à jouer moins et à jouer bien! C'est la chose la plus difficile. Si on ne joue pas beaucoup de notes, on est obligé de choisir chaque note.»
Prolifique, Paolo Fresu est un habitué des studios et de la scène. Il trouve pourtant le moyen d'enseigner et de gérer l'étiquette de disque qu'il a fondée, Tuk Music. Vous croyez que l'artiste évolue dans un fuseau horaire particulier, où il y a plus de 24 heures dans une journée? Pourtant non. D'ailleurs, quand nous l'avons joint, il était en vacances, en Sardaigne. Il dit consacrer beaucoup de temps à sa famille, dont il a fait sa priorité pour des raisons qui vont bien au-delà des clichés italiens.
«Pour faire de la belle musique, il faut qu'il y ait quelque chose derrière de très important. Chacun va choisir ce que c'est, la famille ou autre chose, la nature, les animaux, tout ça... Je crois qu'on ne peut pas raconter quelque chose sur scène si on n'a rien à dire, si on ne connaît pas un niveau émotionnel, un niveau de relations humaines.»
Le trompettiste assis
Le récent album de Fresu avec Omar Sosa, Alma, résume bien la philosophie du souffleur. Ce sont d'abord et avant tout les mélodies, gorgées d'émotions, qui conquièrent l'auditeur. Ensuite, on note combien les deux hommes se complètent et interagissent avec aisance, offrant une véritable conversation. Loin de se confiner à un genre, ils flirtent avec les musiques du monde, ajoutent des boucles sonores ou des effets, invitent de temps à autre des collègues à enrichir leurs compositions et se permettent une reprise de Under African Skies, de Paul Simon.
La grande ironie pour un artiste comme Paolo Fresu, qui va constamment de l'avant, c'est que, lorsqu'un album paraît, il est déjà, en quelque sorte, rendu ailleurs sur le plan créatif. En se replongeant dans ces pièces, en spectacle, il opte donc pour un regard nouveau. Les compositions existantes d'Alma poursuivent ainsi leur évolution, tandis que de nouvelles s'ajoutent de manière spontanée, puisque l'improvisation est un élément-clé chez lui. Et, fait particulier, le Fresu aime jouer assis pour certains projets. Ce sera le cas lorsqu'il évoluera aux côtés de Sosa.
«Jouer assis, ça me donne la possibilité d'être beaucoup concentré. Je me retrouve dans une position de corps un peu foetal, qui m'aide à trouver la concentration avec mon instrument et avec les autres. Le son, sur scène, marche dans une hauteur pas trop haute, surtout dans un duo avec un pianiste, donc jouer assis donne la possibilité d'écouter mieux la séquence des instruments. Mais tout ça, ce sont des suppositions, car, en fait, je joue assis simplement parce que je me sens mieux!»
Vous voulez y aller ?
QUI: Paolo Fresu et Omar Sosa
QUAND: 19 octobre, à 20h
OÙ: Cabaret du Capitole
BILLETS: 39 $ (taxes et frais en sus)
TÉL.: 418 694-4444