Il est assez troublant de rencontrer en chair et on os un personnage de BD. Pierre Bouchard est pourtant attablé avec Francis Desharnais (Burquette). Ce dernier s'est inspiré de L'Île-aux-Ours (2007), une BD autobiographique de Bouchard, qu'il a transposée «en science-fiction du terroir» : Motel Galactic était né. «C'est un beau cadeau», commente celui qui illustre les BD dont il est le héros.
Weird? «Avec le projet [La calvasse de clé perdue], ça devient encore plus bizarre», dit-il. En effet : «Je vais être là [au motel] en Pierre Bouchard 1.0.» Et son clone aussi (interprété par Jonathan Gagnon)! Il guidera les festivaliers dans les trois chambres spécialement aménagées du motel.
Dans l'une, une veillée de contes, dans une autre, un économusée du futur, et dans une dernière, une démonstration de machine à échanger les pensées. Pour s'y rendre, un autobus partira de la bibliothèque Gabrielle-Roy avec à son bord le clone d'un personnage légendaire (joué par Mathieu Campagna). Ça ne s'invente pas. Ou plutôt si.
Évidemment, on est plus proche de la série Z et d'Ed Wood que des univers de science-fiction (SF) imaginés par Isaac Asimov, auteur thématique du festival littéraire cette année. Mais les deux créateurs aiment bien cet humour décalé et la possibilité de jouer avec les codes de la SF.
Parmi ceux-ci, le clonage s'est imposé sans qu'il y ait une volonté claire d'aborder le sujet. «Ça fait partie des mystères de la création, souligne Francis Desharnais. En même temps, je trouvais ça drôle de pouvoir mettre des clones d'Elvis et de Pierre Lambert [dans la BD].»
Une fois la chose établie, l'auteur a quand même réfléchi à la question et proposé sa vision de ce qui s'apparente à l'obsession de recréer des enfants à son image ou à ce qu'on aurait aimé être. «On a toujours en tête que le clone va être identique alors qu'il va passer par un processus d'apprentissage qui va faire en sorte qu'il ne te ressemblera pas psychologiquement, ni physiquement à la limite.»
Culture québécoise
L'astuce leur permet beaucoup de libertés scénaristiques. «Ça permet aussi d'avoir des inside sur la culture québécoise dans la BD, de parler du Québec», explique Francis Desharnais. Et de s'en moquer gentiment. Logiquement, le joual s'est imposé dans la narration. D'autant que la langue parlée était celle qu'on retrouvait dans L'Île-aux-Ours et qu'elle était celle du narrateur.
«C'est quelque chose de naturel, qui coule assez bien», ajoute l'auteur. Puis au fil des pages, l'idée s'est imposée que si le Québec a conquis l'univers, c'est en raison de sa langue. «C'est un pied de nez au Frère Untel. C'est une référence à notre américanité», explique Pierre Bouchard. Dont les motels font partie intégrante, dans le paysage et symboliquement.
Les deux gars ne cachent pas qu'ils ont fréquenté Asimov de loin et que le projet présenté au festival littéraire leur permettra, espèrent-ils, d'attirer un peu plus l'attention sur leur univers (le troisième tome de Motel Galactic sort en avril).
Avec tout ça, j'ai oublié de demander à Pierre Bouchard s'il n'avait pas été batteur dans une autre vie et participé à l'enregistrement de Tue ce drum Pierre Bouchard (1999) de Gros Mené, le groupe garage du bleuet Fred Fortin. Peut-être était-ce son clone? Faudrait le leur demander ce soir...
Vous voulez y aller?
QUOI : Motel Galactic - La calvasse de clé perdue
QUAND : 12 octobre, 20h
OÙ : bibliothèque Gabrielle-Roy, départs aux 20 minutes
BILLETS : macaron obligatoire
RÉSERVATION : obligatoire au 418 641-6788 poste 125 ou au info@quebecentouteslettres.com