Nous, du public, aimons bien catégoriser les artistes. Ça nous sécurise, ça nous facilite la vie et c'est bien commode. Les artistes, eux, s'efforcent d'arracher nos étiquettes.
Surtout Marc-André Hamelin. S'il y a quelqu'un qui se réinvente sans cesse, c'est bien lui. Hier, au Palais Montcalm, il s'est transformé en soliste classique d'un raffinement exquis.
Guindé, vous dites? Jamais de la vie! Aristocratique, plutôt. Distingué, mais qui l'ignore.
Trois concertos figuraient au programme. Le «sol majeur» en après-midi, le «fa majeur», puis le «ré majeur» en soirée. Par son caractère spontané, le dernier s'élevait d'un cran au-dessus des deux autres. Hamelin l'a joué avec Bernard Labadie et les Violons il y a quelques années.
Il a manifestement mûri. Les doigts du pianiste y évoluent avec une légèreté incomparable. Des pattes de velours qui métamorphosent le Steinway de la salle Raoul-Jobin en pianoforte. Une touche féline, mais sans les griffes. D'où cette vulnérabilité.
Et quelle interprétation! Vif, mais jamais pressé. Aucune fatigue, seulement de l'élan, comme dans cette mélodie savoureuse qui étend la miraculeuse longueur de son chant au deuxième mouvement.
Le chef, le soliste et l'orchestre vivent leur musique comme une expérience collective qui intègre tous les auditeurs, ne serait-ce qu'à titre de témoins.
Bernard Labadie, lui aussi, réussit à démolir l'image qu'on se fait de lui. Ses interprétations ont beaucoup changé au cours des saisons.
Son approche de la musique se détend comme en fait foi sa lecture extrêmement spirituelle et fichtrement décoincée de la Symphonie no 89.
LES VIOLONS DU ROY. Direction : Bernard Labadie, chef d'orchestre. Soliste : Marc-André Hamelin, pianiste. Franz Joseph Haydn : Ouverture de L'isola disabitata, Concertos pour piano en sol majeur, en fa majeur et en ré majeur, Symphonie no 89 en fa majeur. Hier, à la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm.