(Québec) Beatrice Rana, 19 ans et déjà cette élégance suprême, à la fois discrète, simple et naturelle, qui se manifeste jusqu'au bout des doigts. Non, il ne s'agit pas d'une figure de style. La pianiste ne joue pas le Concerto de Tchaïkovski, elle le caresse, le sculpte, le peint dans des demi-teintes tout à fait extraordinaires. Surtout, elle réalise tout cela guidée par un goût absolument parfait.
L'invitée de l'Orchestre symphonique de Québec, mercredi soir à Louis-Fréchette, n'a pas tardé à montrer à quelle race de musicien elle appartient. Épanouie, hardie, dotée d'une puissance redoutable mais bien équilibrée, d'une éloquence folle, jamais hésitante, jamais excessive. Toute une personnalité!
L'exécution respirait la spontanéité et la franchise. La jeune femme cherchait sans cesse à parvenir au meilleur équilibre avec l'orchestre. Le contact était permanent. «Vous me donnez ceci, je vous réponds cela.» Quelle oreille et quelle présence!
Beatrice Rana a rendu témoignage à la richesse de l'oeuvre qui lui a assuré la victoire au Concours de musique de Montréal en 2011. La partition devient comme un fruit dont elle tire tout le jus. Elle ne cherche pas à y étaler ses moyens, elle fait parler le texte tout en explorant des tas d'avenues intéressantes.
Prokofiev
On commence vraiment à entendre la marque de la baguette de Fabien Gabel sur l'Orchestre symphonique de Québec. Yoav Talmi avait l'habitude de diriger de mémoire. L'expérience du concert prenait avec lui une dimension quasi liturgique. Dans Mahler ou Bruckner, le maestro officiait. Son successeur, lui, utilise la partition, et sa conduite est davantage collégiale. Elle intègre une part d'étonnement mutuel, d'ouverture, de dialogue, de folie peut-être.
L'exécution n'est pas toujours aussi précise et soignée qu'elle pourrait l'être, question d'ajustement sans doute. Reste que l'investissement de tout un chacun est beau à voir. Dans la suite de Roméo et Juliette de Prokofiev, c'était manifeste. On ne ferait pas un disque avec le finale de l'acte II. En revanche, quelle consistance et quelle férocité dans le son!
ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC. Direction : Fabien Gabel, chef d'orchestre. Soliste : Beatrice Rana, pianiste. Tchaïkovski : Concerto no 1 en si bémol mineur, op. 25. Prokofiev : extraits des Suites nos 1 et 2 de Roméo et Juliette. Mercredi soir à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre. En reprise jeudi à 10h30.