Selon les organisateurs, ils étaient quelque 10 000 à renouer avec Peter Gabriel, 10 ans après son précédent passage. Le chanteur anglais a décidé de s'adresser à eux à la bonne franquette, toutes lumières allumées, pour leur expliquer, en français, le déroulement de la soirée. Sans rien éteindre, il s'est permis ensuite une nouveauté en duo avec le bassiste Tony Levin, après quoi le reste de son équipe l'a rejoint. On a notamment eu droit à une Shock the Monkey acoustique et jazzy franchement étonnante, mais quelle idée notre homme avait de ne pas fermer les lumières? On se sentait un peu en répétition... C'est finalement arrivé au coeur de Family Snapshot, après quatre chansons.
Bien en voix
Le second bloc, plus électrique et électronique, s'est amorcé sur les chapeaux de roue avec une redoutable Digging in the Dirt. Graduellement, on s'est mis à utiliser les dispositifs scéniques: des rails ceinturaient la scène pour permettre à des projecteurs, sur des perches de caméras aux allures de robot, de circuler et de créer des ambiances particulières.
Du haut de ses 62 ans, Peter Gabriel était franchement en voix. Autour de lui, ses acolytes brillaient tout autant, qu'il s'agisse de Levin, de David Sancious (claviers), de David Rhodes (guitares) ou de Manu Katché (batterie), ce dernier étant époustouflant sur No Self Control. Ce qui a véritablement mis le feu au Colisée, c'est l'incontournable Solsbury Hill, empreinte de fougue et de légèreté, avec un Gabriel qui courait d'un bout à l'autre du Colisée.
Mais la pièce de consistance était bien sûr So, l'album le plus populaire de l'artiste, lancé en 1986. Fidèles aux arrangements originaux, le chanteur et ses musiciens n'ont pas moins offert des interprétations senties, à commencer par l'excellente Red Rain, puis le méga hit Sledgehammer, ainsi que la touchante Don't Give Up. Nul doute que cette portion de la soirée illustrait à quel point So est un album de haut calibre.
Production relativement sobre
Curieusement, même s'il avait à sa disposition une production scénique élaborée, Gabriel en a fait un usage relativement sobre, lui préférant, à quelques occasions, de petites chorégraphies en compagnie de ses comparses. Il faut dire que ça ne paraissait pas toujours achevé et qu'on s'est senti en soir de première: Gabriel a laissé tomber une de ses pièces, invoquant un «fuck up»; il y avait un délai de son avec les grands écrans; et les projections en arrière-scène n'étaient pas toujours réussies.
En contrepartie, il y avait des séquences fort réussies, comme lorsque Gabriel a livré Mercy Street couché au sol et que les caméras le filmaient en plongée, ou durant The Tower That Ate People, où un grand anneau est venu recouvrir le chanteur d'une sorte de tour blanche, à l'intérieur de laquelle il se débattait.
S'il est vrai qu'il y a eu des imperfections dans l'emballage, on a bien peu à reprocher aux interprétations. Elles ont d'ailleurs séduit la foule, qui en redemandait, après plus de deux heures 15 minutes de show. Les fans ont donc pu ajouter Biko aux autres mélodies impérissables qu'ils avaient en tête en quittant le Colisée.
Absence d'Ane Brun
La chanteuse norvégienne Ane Brun devait assurer la première partie, or «une vieille maladie», selon les termes de Peter Gabriel, l'a empêchée de le faire. Jennie Abrahamson et sa collègue Linnea, qui font la tournée avec Brun et qui assurent les choeurs de Gabriel, l'ont remplacée au pied levé, dans une formule piano, violoncelle, voix. Elles s'en sont franchement bien tirées, Abrahamson partageant notamment une excellente Hard to Come By.