Ce n'est pas la première fois que l'ex-Genesis établit ses quartiers généraux à Québec. On se rappellera qu'il y a 10 ans, il avait fait de même avec le Growing Up Tour, en compagnie du metteur en scène Robert Lepage. C'est qu'il aime élaborer ses concerts de ce côté-ci de l'Atlantique, s'y sentant un peu chez lui. Cette fois, l'homme de 62 ans ne renouera pas avec Lepage, mais promet une production soignée, où l'on pourra notamment apprécier l'apport de la firme Parachute - copilotée par le Montréalais Nicola Pelly - du côté des costumes.
Q: Toute votre carrière a été portée sur l'innovation et l'expérimentation. Qu'est-ce qui vous motive à fouiller dans votre passé?
R: C'était une très bonne offre. Donc l'argent est une partie de la réponse. Mais je suis allé voir le concert de Brian Wilson, Pet Sounds, et cette idée de faire d'un album une performance complète fonctionne bien et j'apprécie cela. So a été bien sûr mon album le plus populaire, mais c'était un bon groupe de musiciens, aussi; j'aime ce qu'ils apportent aux pièces...
Q: Justement, vous avez réuni tous vos musiciens de la tournée originale, à savoir David Rhodes (guitares), Tony Levin (basse), Manu Katché (batterie) et David Sancious (claviers). Pourquoi était-ce si important de les avoir avec vous?
R: Tous, sauf peut-être David Sancious, avaient été impliqués de près sur l'album. Je crois que c'est pourquoi je sentais que c'était si important de se retrouver. Mais je ne veux pas que tout soit rigoureusement pareil [comme l'original]. Si ça évolue à partir du même noyau de gens, de la même source, je crois que ça apporte un caractère différent que si vous recrutez simplement d'autres musiciens.
Q: Sentiez-vous, à l'époque de la genèse de So, que vous aviez en main du matériel si fort, qui parlerait à tant de gens?
R: Je crois qu'on n'avait pas la moindre idée que ce serait un tel succès. Bien des gens pensent que c'était quelque chose de hautement réfléchi et prémédité. Tony Levin m'a remémoré récemment qu'on avait fini les pistes pour l'album - du moins on le croyait - lorsque je l'ai rappelé au moment où il faisait ses bagages pour lui dire qu'il y avait une chanson de plus que je voulais essayer. C'était Sledgehammer... Alors, ce n'était pas une attaque planifiée.
Q: Votre duo avec Youssou N'Dour sur In Your Eyes concorde avec l'éveil de l'Occident pour la musique world, en particulier dans un contexte pop... Que croyez-vous que cette collaboration a apporté?
R: La musique intéressante qui est faite tout autour du monde doit avoir accès à toutes les opportunités, qu'importe si on comprend la langue ou non. Il y a du bon matériel et des gens doués. Plus vous faites tomber les frontières, plus vous exposez les gens aux nouvelles choses, plus ouverts ils deviennent dans leurs goûts.
Q: Avec la tournée Back to Front viennent de nouvelles éditions de So (voir l'encadré). Les maquettes intitulées So DNA permettent d'entendre comment vos compositions ont pris forme. On ne s'attendrait pas à une version de Sledgehammer piano-voix-boîte à rythmes, par exemple... Était-ce intimidant, à titre de professionnel, de partager ces moutures préliminaires?
R: Ce n'est assurément pas très flatteur. Mais j'ai cru qu'en tant que fan, j'aurais aimé entendre d'autres compositeurs ou artistes pour voir ce qu'ils font quand ils arrivent avec une mélodie, des paroles ou une séquence de groove. Pour moi, le processus est aussi intéressant que le produit. Alors je pensais qu'on devait mettre ça pour la plupart des pistes. On ne l'avait pas pour This Is the Picture, car ç'a été un projet qu'on a fait rapidement à New York, avec Laurie Anderson, et donc je n'étais dans pas mon studio. J'ai demandé à Laurie si elle avait des trucs dans ses archives, mais elle n'a rien trouvé à temps...
Q: Il y a aussi cette réédition de Secret World Tour, qui est paru en DVD, en Blu-ray et qui a même été dans les cinémas. Diriez-vous que vous êtes dans une sorte de période bilan? Ou est-ce une façon de prendre soin de votre legs artistique?
R: Je crois que c'est bon que tout soit disponible dans les meilleures conditions possible. [...] Cela dit, ce sont toujours les nouvelles compositions qui m'excitent le plus. Je viens de faire une pièce pour un film de Mira Nair, The Reluctant Fondamentalist. C'est un petit film indépendant, que je trouve excellent.
Q: Pour revenir à votre spectacle, il y aura de la place pour d'autres chansons que celles de So. Est-ce que ce sera uniquement vos grands succès ou pensez-vous proposer du matériel inédit?
R: Je vais essayer différentes choses et je verrai si ça mène quelque part. Il y a deux ou trois pièces que je pourrais voir si ça fonctionne. Je n'ai pas encore essayé de les arranger en groupe, alors on verra.
So: trois fois plutôt qu'une
Pour ceux qui vénèrent l'album So, ce sera Noël avant le temps. La tournée Back to Front concorde avec la réédition, le 23 octobre, en trois éditions différentes du fameux disque de 1986. L'une, simple, réunit les chansons fraîchement remastérisées. Une deuxième, en format triple, compte le disque original et l'enregistrement du spectacle Live in Athens de 1987. Enfin vient un coffret qui regroupe l'album, le live, des maquettes rassemblées sous la bannière So DNA, permettant de voir l'évolution de la conception de l'album, les 2 DVD de Live in Athens, le documentaire de la création de l'album, deux vinyles et un livre avec essai et photos.