Il faut dire que l'auteure du livret, Meredith Oakes, a choisi de simplifier l'intrigue de la pièce mythique de Shakespeare, sacrifiant au passage plusieurs éléments et prenant certaines libertés avec les lignes dramatiques. Elle a ainsi condensé l'action initiale pour en extraire la substantifique moelle.
Prospero, l'ex-duc de Milan, est abandonné sur une île avec sa fille Miranda. Devenu magicien, il a domestiqué l'esprit Ariel et la «créature» Caliban. Il utilise ses talents pour faire échouer le navire de ses ennemis sur celle-ci. Parmi les rescapés, Ferdinand, l'héritier du trône. La rencontre des deux jeunes gens fera des étincelles : l'amour triomphera du désir de vengeance de Prospero.
Le célèbre metteur en scène a ainsi choisi de transposer l'île sur la scène de la Scala de Milan, somptueusement reproduite, que le spectateur contemple de l'arrière-scène, de l'avant, puis de côté au fil des trois actes. En ouverture, il livre une stupéfiante tempête avec les trucages d'époque. Le premier acte s'enfonce ensuite dans un certain statisme, mais qui sert aussi de mise en place.
Heureusement, le deuxième acte propose un superbe tableau, servi dans un décor qui utilise transparence et ombres sur toile pour recréer la nature fantasmagorique de l'île. Le choeur joue ici un rôle important en apportant de l'ampleur à cette lutte de pouvoir que livre Prospero, habillé des oripeaux aborigènes, à son frère qui l'a trahi.
Le meilleur
Robert Lepage a gardé le meilleur pour le troisième acte, en une progression de la tension dramatique et des effets de scène, utilisant acrobaties et danse contemporaine pour illustrer l'action. Le spectateur renoue ainsi avec sa touche magique habituelle qui suscite l'émerveillement. La tempête n'a pas l'éblouissante poésie visuelle du Rossignol, présenté l'an dernier. Mais la création de cet opéra par Lepage est riche de sa rigueur et de sa cohérence.
Couvrant habituellement le théâtre, je suis un profane de l'opéra. Je n'oserais porter un jugement sur toutes les subtilités de la performance vocale des interprètes, ni sur l'exécution de l'OSQ, qui m'est toutefois apparue impeccable sous la direction du compositeur Thomas Adès.
Toutefois, le ténor Frédéric Antoun compose un Caliban émouvant. La soprano Audrey Luna est impressionnante, livrant une Ariel très physique, qui effectue même des acrobaties en chantant. Quant au baryton Rod Gilfry, il campe un majestueux Prospero.
La tempête n'est pas une oeuvre banale. Robert Lepage a opté pour une certaine retenue, préférant laisser celle-ci s'exprimer par «les bruits, les sons et les voix» qui peuplent l'île. Un choix judicieux.
La tempête est présenté, en version originale anglaise avec des surtitres, les 28, 30 juillet et 1er août au Grand Théâtre de Québec.