D'entrée de jeu, j'abaisse mon masque de critique le temps de préciser que je n'avais encore jamais eu le privilège, et le plaisir dois-je avouer, d'assister à un spectacle d'opéra. Après tout, c'est bien l'une des visées du Festival que d'initier le public de la capitale à cet art lyrique qui gagne à se dévoiler au plus grand nombre. En voilà un de plus.
Et pour découvrir l'opéra, rien de mieux que la virtuosité de Mozart. Ajoutez-y la beauté et l'assurance d'une soprano de calibre international telle que Karina Gauvin, la rigueur et l'entrain des Violons du Roy et vous obtiendrez une soirée digne des plus grands opéras. Un moment d'autant plus unique que la maison ATMA enregistrait le concert en vue d'en faire un disque. Le public venu en grand nombre - le Palais Montcalm affichait complet - sait déjà que l'opus en vaudra le coup.
Multiples inflexions
Car Karina Gauvin a atteint des sommets en matière de justesse. Drapée d'une robe bleu et corail et d'un châle tombant le long de ses bras, la diva de Notre-Dame-de-Grâce rayonnait de fierté. Il y a de quoi : elle sait incarner aussi bien le bonheur et l'émerveillement, la trahison et la douleur que la tristesse et le désespoir. Ses multiples inflexions ont été tout aussi implacables, en s'élevant avec la grâce d'un battement d'ailes.
On retient particulièrement l'extrait Deh vieni non tardar, qui a happé le public dès les premiers accords des Violons du Roy. Il faut dire que leur chef Bernard Labadie était en parfaite symbiose avec la trentaine de musiciens, ainsi qu'avec le centre d'attraction de la soirée, Karina Gauvin. Le solo du pianiste Benedetto Lupo, en deuxième partie, a été tout autant apprécié, le public ne manquant pas d'exprimer son appréciation en échappant de grandes acclamations et en offrant de chauds applaudissements.
Nul besoin d'être devin pour prédire que la diva Karina passera de nouveau par le Festival d'opéra de Québec dans les années à venir. Il suffit, pour en être convaincu, d'avoir vu à l'oeuvre sa majesté pendant un peu plus de deux heures.