Le jour de l'entrevue, l'homme de 58 ans arpentait les rues de New York. Il venait d'amorcer une tournée nord-américaine avec son groupe Matchatcha, qui les mènera à Québec le 26 juillet dans le cadre du Festival des Journées d'Afrique. De la visite rare. Un habitué à Montréal, il ne s'est produit qu'une fois ici, croit-il. Sur scène avec ses quatre musiciens et ses danseuses, «le spectacle est très beau à voir. Je suis peut-être mal placé pour en parler», rigole-t-il.
Donc, ça va, non? Pas vraiment. Matchatcha ne joue pas assez. Parce que sa musique n'est pas assez diffusée, estime-t-il. Pourtant, «notre musique est très valable. Elle dépasse les frontières parce qu'elle apporte la joie et fait danser. C'est une musique mal connue qui gagne à être aimée».
La preuve, dit-il, c'est que lors d'un récent concert en Algérie, ils ont volé la vedette à Amadou et Mariam. Diblo Dibala dit mal comprendre l'engouement médiatique pour certaines formes de musique alors que le soukouss est ignoré. «Il n'y a pas de producteurs ou de maisons de disques qui s'y intéressent. On aimerait bien avoir un major pour nous appuyer. Si on a cette chance, ça va marcher.»
Il réussit régulièrement à trouver une filière de distribution, mais à diffusion restreinte. Ce qui n'aide pas à monter une tournée. Qui devrait les aider à gagner en visibilité. Et les aider pour un contrat de disques (dans un marché stagnant). Bref, Diblo Dibala doit réaliser la quadrature du cercle. «On a espoir que ça viendra.»
La catastrophe du Congo
L'optimisme est un peu moins de mise quand on lui parle de la République démocratique du Congo (RDC). «La situation est catastrophique.» L'homme a beau vivre en exil à Paris depuis les années 80, il y a encore de la famille (sa mère et sa soeur). «C'est malheureux à dire, mais les Occidentaux, dont le Canada, viennent exploiter nos ressources et foutent le bordel, ce qui provoque la guerre, notamment avec le Rwanda. Mais personne n'en parle dans vos médias, même s'il y a des morts tous les jours. C'est un monde à deux vitesses.»
Les minières canadiennes ont mauvaise réputation en ce qui concerne les droits de l'homme (et l'environnement), partout dans le monde. Des citoyens congolais ont même déposé à Montréal, en 2010, une demande de recours collectif contre la canadienne Anvil Mining, pour son rôle lors d'une intervention armée qui a mené au massacre de 70 personnes en RDC, en 2004.
Plusieurs Africains, dont Diblo Dibala fait partie, estiment que les gouvernements occidentaux ont intérêt à soutenir des gouvernements fantoches. La dernière fois, «il y a eu des élections truquées que personne n'a dénoncées [en Occident]. On soutient un dictateur. Pourquoi? Ça fait plus de 20 ans que ce pays souffre. On n'a pas notre indépendance. Il n'y a pas de démocratie chez nous».
Plutôt que de céder au désespoir, Diblo Dibala préfère puiser dans sa foi. Il considère que ces biens «mal acquis» vont finir par revenir hanter ceux qui en profitent. «Un jour, ces gens vont le payer s'il y a une justice divine.» D'autant, ajoute-t-il, qu'il y a assez de richesses à partager en RDC «que tout le monde pourrait avoir sa part».
Un seul homme peut se sentir bien impuissant devant de tels enjeux. «Mais, au moins, il y a la musique. Si on pouvait toucher les gens et changer les choses...»