«Je suis impressionné, parce qu'au départ, ce n'était que moi et Roger assis dans une pièce, à Chelsea, à Londres, discutant de diverses idées et ces idées ont pris de l'ampleur», a confié l'artiste au Soleil. «On a fait un film avec Alan Parker, mais à l'époque, je n'avais pas la moindre idée que ça deviendrait un film-culte, une musique-culte et que mes dessins seraient si marquants...»
Au sein de Pink Floyd, Nick Mason et Roger Waters étaient les deux membres qui estimaient que l'aspect visuel devait jouer un rôle important dans les spectacles. Fasciné par les créations satiriques de Scarfe, Mason avait fait les démarches pour entrer en contact avec lui. Le dessinateur a ainsi pondu un premier court métrage pour Welcome to the Machine, lors de la tournée de l'album Wish You Were Here.
«Roger me voulait parce que j'étais un peu fou, se remémore-t-il. Les gens me demandaient sur quelle drogue j'étais, car j'avais cette vision décalée du monde, mais je n'en prenais aucune, puisque je suis asthmatique et les drogues sont synonymes de maladie pour moi. [...] Ma vision vient de quelque part au plus profond de moi.»
Scarfe a créé des costumes et imaginé des décors pour des opéras et des ballets, élaboré les personnages du film Hercules (1997) de Walt Disney, tout en publiant ses dessins politiques dans le Sunday Times ou le New Yorker. Ses oeuvres, incisives, sont régulièrement exposées autour du monde, et dans le lot, ce qu'il a pondu pour The Wall tient une place de choix. Ses trouvailles ont frappé l'imaginaire, qu'on songe à la marche des marteaux, aux avions qui se transforment en croix, ou encore au mur dans lequel se dessine un visage qui hurle. Ces images sont tellement fortes que lorsque Roger Waters a forgé une nouvelle mouture du spectacle, il a conservé les designs originaux des marionnettes géantes, ainsi que plusieurs animations de Scarfe.
«Le premier travail que j'ai eu à faire a été de concevoir les personnages : la femme, le professeur, le juge, la mère, bref tous ces gens qui peuvent avoir une incidence dans notre vie et qui peuvent nous blesser ou savent comment le faire. Je voulais les faire d'une façon qui serait marquante, donc pas d'une manière orthodoxe. Je ne voulais pas faire le professeur de façon normale, ce devait être symbolique... Plus le personnage est simple, plus longtemps il dure.»
Gerald Scarfe a colligé l'essentiel de ses réalisations sur ce projet, ainsi que ses souvenirs dans un livre intitulé The Making of Pink Floyd The Wall. En rédigeant l'ouvrage, il a fait plus qu'offrir aux amateurs la chance d'apprécier ses créations de près : il a pu lui-même jauger l'ampleur de son travail.
«J'ai découvert combien j'avais visualisé le travail de Roger. Il a écrit et fait la musique, mais c'était mon boulot de transposer ses idées sur le plan visuel.»