Roméo Dallaire remué par The Wall

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Roger Waters a présenté The Wall, son mythique concert rock, sur les plaines d'Abraham, le samedi 21 juillet. Un événement auquel le Soleil s'est intéressé en profondeur... »

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Roméo Dallaire s'est montré honoré de l'invitation de Roger Waters, qui est fils d'un soldat mort au combat.

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Olivier Parent

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Le Soleil

(Québec) L'oeuvre The Wall a remué les souvenirs de l'ancien général Roméo Dallaire et l'a convaincu qu'il avait bien fait d'accepter l'invitation de Roger Waters à le rencontrer, samedi, lors de son spectacle à Québec. «C'est une représentation de la brutalité de la guerre sur les individus. Et il n'a pas manqué son coup», lance le militaire de carrière.

Le sénateur Dallaire fait partie des 20 vétérans qui rencontreront l'ex-chanteur de Pink Floyd pendant l'entracte de son spectacle sur les plaines d'Abraham. Fils d'un soldat mort pendant la Seconde Guerre mondiale, Roger Waters souhaite discuter avec des survivants de la guerre dans chacune des villes qu'il visite.

S'il connaît la musique de Pink Floyd, le lieutenant-général Dallaire a voulu se documenter pour mieux comprendre l'engouement entourant le mur de Waters. «Je trouvais qu'il fallait que je m'informe sur l'objectif de sa présentation, qu'est-ce qui le menait à faire un projet semblable et de le renouveler», explique-t-il.

Dans ses recherches, le général à la retraite est tombé sur le film tiré de l'oeuvre The Wall, également écrit par Waters. Brutal est le premier mot qui sort de sa bouche lorsqu'on lui demande ses impressions. «Les images sont brutales, pas dans le sens péjoratif, mais dans le sens de l'ampleur du message», précise-t-il.

«Un moment donné, j'ai arrêté de le regarder, parce que je trouvais que ça ramenait trop d'émotions vives. J'aime bien sa musique, par exemple. Mais les images dans le film, c'était bien trop fort», confie-t-il.

«Nous autres, [la guerre], on ne l'a pas regardée en images. On l'a sentie, on l'a touchée, on l'a goûtée, on a vu la crainte, on a vu les résultats. J'ai trouvé que c'était très fort et que ça peut même déranger ceux qui sont un peu blessés psychologiquement», exprime-t-il.

Cela n'empêchera pas M. Dallaire d'assister au spectacle, même si les projections recréent elles aussi un temps de guerre. «On va voir ça. Je vais être là, ça, c'est certain. La musique est extraordinaire», assure-t-il.

Message toujours pertinent

Le plus connu des vétérans canadiens croit que le message porté par The Wall, sur l'isolement érigé en société, a toujours sa raison d'être, 32 ans après sa création. Il considère avoir lui-même heurté le mur de l'indifférence lors de sa mission au Rwanda en 1994, pendant laquelle il n'a pu empêcher le génocide. «On est en train de faire des brèches dans le mur pour impliquer beaucoup plus la communauté internationale dans la prévention des destructions de masse d'êtres humains et des abus de droits humains», dit-il, en citant les efforts déployés dans des pays en crise comme la Syrie, la Libye et le Darfour. «Les gens, au moins, débarquent [pour venir en aide]. Ils sont incertains sur comment réagir, mais au moins il y a des réactions qui se font. Je trouve que c'est des brèches dans le mur, ça», ajoute-t-il.

Même au Canada, des murs restent à abattre, poursuit M. Dallaire. «L'objectif des vétérans, ce n'est pas d'être obligé, lorsqu'ils reviennent, de se battre avec le gouvernement pour avoir les soins et le support dont ils ont besoin», dénonce celui qui a été victime de stress post-traumatique à son retour du Rwanda.

Se disant «des plus intéressés» par la rencontre avec Roger Waters, le lieutenant-général Dallaire espère que cette rencontre inspirera l'ex-Pink Floyd «à passer le message» des vétérans. «Il y a tout de même une honnêteté dans son désir de communiquer avec des vétérans [...] Peut-être qu'il va écrire d'autres choses par après», avance-t-il.

Chose certaine, Roméo Dallaire en profitera pour discuter de causes humanitaires avec la star britannique, ce qu'il avait aussi fait l'été dernier lorsque Bono, leader de U2, l'avait invité à l'un des spectacles du groupe à Montréal. M. Dallaire lui avait notamment parlé de son projet Initiatives Enfants Soldats. «Depuis ce temps-là, nos deux organisations se parlent», glisse-t-il.

L'ancien général pourrait même causer musique, alors qu'il se décrit comme un amateur de «rock'n'roll classique». Il affectionne particulièrement des artistes de la trempe de Bob Dylan et Gordon Lightfoot, «qui ont percé pendant la guerre du Viêtnam». «Ça, c'est mon style», laisse-t-il tomber.

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