Robert Lepage prêt à affronter La tempête

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) «Maintenant que le Festival d'été est terminé, on peut passer aux choses sérieuses.» Robert Lepage blaguait. Mais il y aura deux superproductions à Québec dans les prochains jours : The Wall, de son ami Roger Waters, mais aussi La tempête, présentée en première mondiale, du 26 juillet au 1er août. L'opéra, dirigé ici par son compositeur Thomas Adès, réunira 152 artistes sur scène dans un décor trompe-l'oeil qui reproduit l'intérieur de la mythique Scala de Milan.

Depuis le 26 juin, une armée de techniciens s'affaire à monter le somptueux décor, dans lequel les répétitions ont démarré le 3 juillet. N'importe quel créateur serait tétanisé par l'angoisse; c'est à peine si Robert Lepage avouait un léger trac. «On est confiant de présenter quelque chose de remarquable», a-t-il confié en conférence de presse.

Lepage en a vu d'autres, lui qui a ouvert l'an dernier la première présentation du Festival d'opéra de Québec avec Le rossignol, joué en partie dans un immense bassin d'eau à l'avant-scène, et qui vient de monter le monumental Ring au Metropolitan Opera de New York. La tempête sera d'ailleurs présentée au Met cet automne, de même qu'au Staatsoper de Vienne, en 2013-2014.

Collaborateurs exceptionnels

Avec deux coproducteurs de cette taille, le réputé maître des illusions a pu bénéficier de collaborateurs exceptionnels - ce qui explique peut-être son niveau de confiance. Outre Jasmine Catudal à la scénographie, sur qui il ne tarissait pas d'éloges, Robert Lepage s'est adjoint Kym Barrett, qui a conçu le nouveau costume de Spider-Man, et le réputé Michel Beaulieu aux éclairages.

Bien sûr, il dirige une distribution hors pair (Rodney Gilfry, Audrey Luna, Frédéric Antoun, Julie Boulianne...), mais il peut aussi compter sur la présence de Thomas Adès. «C'est rare que je peux appeler le compositeur sur mon cellulaire...» La tempête a été créée en 2004. Sa musique et sa facture sont résolument contemporaines, mais s'inspirent de la grande tradition lyrique britannique.

Sans parler du savoir-faire d'Ex Machina, dont la réputation dépasse nos frontières. La présentation pendant le Festival permet ainsi des «audaces qu'on n'aurait pas eues en saison», signale le metteur en scène québécois.

Performance «acrobatique»

Résultat, Robert Lepage promet une performance «acrobatique sur tous les plans. Vocalement, parce que nos chanteurs font de la haute voltige. Et parce que ce sera plus physique qu'à l'habitude pour les interprètes». Ceux-ci seront joints sur scène par des danseurs et des acrobates dont les déplacements sont sous la responsabilité de Crystal Pite, une chorégraphe canadienne de réputation internationale.

Autrement dit, une présentation multimédia et multidisciplinaire; il ne faut pas s'attendre à autre chose de Robert Lepage (nous y reviendrons samedi). Il espère qu'il contribuera au passage à démystifier l'opéra, «une forme d'art qui n'est pas élitiste».

Peu importe. La présentation de La tempête est assurément un bon coup pour le rayonnement du Festival et son positionnement comme un produit d'appel pour vendre la capitale aux touristes de l'étranger. Grégoire Legendre, le directeur de l'Opéra de Québec, dit recevoir une à deux demandes de coproduction par semaine. «Nous avons un potentiel de développement exceptionnel.» À condition que les gens d'affaires de Québec consentent à délier les cordons de la bourse. Ça s'en vient, selon les responsables du Festival.

Outre La tempête, le Festival propose Mozart à l'opéra, en ouverture le 25 juillet, et le Nelligan d'André Gagnon et Michel Tremblay. Les détails au www.festivaloperaquebec.com.

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