C'est dans cette pièce où trois bureaux se disputent l'espace que le directeur de tournée et complice de longue date de Waters, Andrew Zweck, a établi ses quartiers généraux. L'un des promoteurs pour le concert que donnera l'ex-Pink Floyd à Québec le 21 juillet, Serge Grimaux, est présent, tout comme le créateur et directeur du contenu vidéo, Sean Evans. Les détails de leurs échanges demeureront secrets, mais Le Soleil, qui avait droit à un séjour exclusif en coulisse, a appris qu'il portait sur la manière dont on utilisera le vaste mur de 800 pieds qui sera construit sur les Plaines.
Peu après le départ de son patron, Sean Evans sort son iPhone de sa poche pour nous montrer une photo de The Wall prise au Rogers Centre de Toronto.
«Regarde le mur, c'était énorme! On a été capable de le remplir au complet avec les projections», s'enthousiasme-t-il.
Dans la Ville reine, le mur faisait 425 pieds. Est-ce qu'on pourra l'utiliser de la même manière à Québec, où il aura des allures de Grande Muraille de Chine?
«Non, ce ne sera pas possible en raison de la manière qu'il courbera, mais on a des plans...»
Il semble qu'on songe à peindre une portion du mur. Des dessins? Des graffitis? Des citations-chocs? Ça reste à voir...
Des briques lucratives
La tournée The Wall Live n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis qu'elle a été lancée, en septembre 2010. À la fin juillet, on aura atteint les 192 représentations, et ça devrait se poursuivre l'an prochain, du côté de l'Europe. Cette série de concerts est devenue l'une des plus lucratives de l'histoire. Heureusement, doivent se dire Waters et son équipe, car avant même que les musiciens n'aient commencé à répéter, le projet avait coûté 15 millions $...
La clé du succès, hormis la qualité de la performance, des chansons ou de la réalisation? La logistique. En 1980-1981, quand Pink Floyd avait décidé de transposer le célèbre album sous les feux de la rampe, la structure était si complexe qu'il était impossible de voyager de manière efficace. Résultat : moins d'une trentaine de spectacles et un désastre financier.
Aujourd'hui, des représentations de The Wall peuvent être données deux jours consécutifs dans des villes différentes. Cela implique cependant une imposante équipe. Andrew Zweck révèle qu'il y a pas moins de 180 employés salariés. Quarante-neuf camions sont nécessaires pour faire voyager l'équipement. Qui plus est, il existe deux types d'infrastructures : l'une pour les shows extérieurs, l'une pour les arénas. Et ce n'est pas une mince tâche de manipuler le tout : les techniciens mettent cinq heures à démonter l'équipement. On pouvait très bien voir, dans les coulisses du Centre Bell, la surabondance de matériel : il y en avait partout, y compris sous la scène...
À la conquête des stades
Si la facture visuelle de The Wall à laquelle le public a droit est raffinée, l'aspect visuel en coulisse semble l'être tout autant. Le badge d'invité qu'on nous a remis, la carte V.I.P. et les affiches pour indiquer où se trouvent les loges arborent des dessins ou du lettrage de The Wall. Même la bible de tournée qu'Andrew Zweck a toujours près de lui est élégante. Quand il tourne les pages pour consulter la liste des concerts, on remarque que certains sont en rouge. Il s'agit des spectacles «spéciaux», en extérieur, en stade, qui ont généralement lieu les fins de semaine.
Waters a pourtant longtemps refusé de se produire dans ces vastes lieux après l'incident du Stade olympique, en 1977. On se souviendra que, devant le manque de communication entre Pink Floyd et la foule, le chanteur et bassiste s'était retrouvé à cracher au visage d'un fan, ce qui l'avait ensuite mené à imaginer The Wall. Mais le temps arrange bien des choses...
«Il a appris à accepter l'adulation et la reconnaissance», affirme Zweck, pour expliquer ce revirement. «Il était plus grognon quand il était jeune, il n'était pas l'artiste satisfait qu'il est aujourd'hui. [...] Et en vérité, on doit faire les gros shows, car la demande est là. Il veut produire un gros spectacle; maintenant, plus c'est gros, mieux c'est!»