Difficile de se faire une tête sur cette production fourre-tout dont la mise en scène a été confiée à Pamela Schneider. Il faut dire qu'à la représentation de mardi, Le Soleil a eu droit à la version pluie. Certains numéros ont donc été retirés de la production. Ce faisant, il est difficile de juger de la cohérence de la proposition - la version écourtée ne pouvant sans doute pas présenter une ligne directrice.
La frontière de pixels propulse les spectateurs dans l'imaginaire d'un garçon de 11 ans, prisonnier de son monde virtuel aseptisé. Ses rêveries nous conduisent dans un cyberespace où s'affrontent le traditionnel et la nouveauté. Les personnages archétypaux du cirque traditionnel, tous très colorés, sont opposés à ceux tout aussi caractéristiques, de noir et blanc vêtus, des mangas pour ados.
Le bien et le mal
Dans cet univers typé et divisé entre le bien et le mal, le jeune garçon viendra briser les frontières des différences entre les individus, ce qui permet aux artistes des deux clans d'interagir, puis d'unir leurs destinées. Le concept fait allusion à l'aliénation et au manque de communication humaine que génère l'abus de quincaillerie électronique.
L'impression est renforcée par le décor de cases géantes en damier qui en met plein la vue avec ses bandes électroluminescentes, ses projections et ses jeux de lasers verts. L'univers dans lequel les personnages évoluent évoque un croisement entre ceux des Matrix, Blade Runner et des bandes dessinées.
Pamela Schneider vient du monde de la danse et elle lui accorde une large place - certains numéros, réussis, tiennent beaucoup plus de la danse contemporaine que du cirque. Mais d'autres comme celui de danse à claquettes sont inutiles, anachroniques et rendent perplexes.
Trapèze, jazz et vélo BMX
Il y a bien des numéros classiques, comme ce très gracieux duo au trapèze, accompagné d'un air de jazz vocal ou celui de la contorsionniste entourée de créatures fantasmagoriques (des mutants?). En fait, très peu de propositions pour renouveler le genre si ce n'est cet étonnant tableau avec des cordes à danser et des acrobates en vélo BMX.
L'ensemble s'avère dynamique, notamment grâce à la présence des musiciens qui interprètent une bande sonore qui oscille entre le rock et l'electronica et l'électrisante présence de la chanteuse Béatrice Bonifassi (Beast), un gros plus. Mais il y a parfois tellement de mouvements en périphérie qu'on ne sait plus où poser le regard, ce qui augmente l'impression de confusion et de manque de direction dans le déroulement du spectacle.
Il faut le répéter, la force des Chemins invisibles tient d'abord dans l'endroit inusité où il est présenté. Il y a une poésie visuelle qui naît de la juxtaposition du bitume, du béton et de cet univers coloré. En ce sens, malgré la faiblesse générale des numéros vus avant-hier, La frontière de pixels vaut le détour.
La frontière de pixels est présentée à l'îlot Fleurie jusqu'au1er septembre, relâche les dimanches et lundis.