Un peu avant la représentation, Roger Waters s'affairait à l'arrière-scène, discutant avec ses collaborateurs du concert qui aura lieu sur les plaines d'Abraham le 21 juillet. Lors de cette représentation extérieure, un long mur de 1000 pieds sera érigé - le plus long à ce jour pour ce spectacle. Si le résultat est aussi impressionnant que ce à quoi on a eu droit au Centre Bell, il n'y aura pas de place pour la déception...
C'est qu'après quelque 180 représentations, le concert est rodé au quart de tour. Il faut dire que chaque performance est filmée et que Waters réécoute les bandes pour constamment améliorer le résultat final. Aussi, ceux qui avaient vu un des shows donnés à Montréal en 2010 ont pu constater qu'en deux ans, maints éléments ont été raffinés tant dans la mise en scène que dans les projections ou l'interprétation.
Dès l'entrée, avec In the Flesh?, la pyrotechnie était au programme. Après quoi les marionnettes gonflables géantes ont commencé à s'inviter et bien sûr les fameuses briques, qui s'accumulaient pour former un immense mur séparant le public des musiciens - ce qui a atteint son paroxysme durant l'excellente Hey You.
Waters, bien en voix du haut de ses 68 ans, est appuyé d'une compétente équipe de 12 musiciens, complices de longue date ou collaborateurs plus récents, comme Robbie Wyckoff, qui assure adroitement la voix sur des titres naguère chantés par David Gilmour ou le guitariste Dave Kilminster, qui a servi de solides solos, en particulier celui que tout le monde attendait dans Comfortably Numb, alors qu'il était perché en haut du mur.
Sens dramatique
Avec les années, The Wall n'a rien perdu de son sens dramatique. Mieux, il a gagné en universalité. Waters a en effet mis à jour son oeuvre avec des projections impressionnantes, qui transforment le mur en de nouveaux décors ou en animations audacieuses et politisées, comme sur Goodbye Blue Sky, où les bombes lancées par les avions deviennent des dollars, des symboles de grandes compagnies (Shell, McDonald's, Mercedes) ou des drapeaux de nations...
S'il est question du mur qui s'est bâti autour de Waters lorsqu'il était enfant, puis vedette de rock, il est beaucoup question de celui qui entoure les nations et mène à la guerre. Le vétéran l'a traduit en projetant sur le mur des visages de victimes - activistes, militaires ou simples citoyens; adultes, femmes ou enfants.
Dès l'intro de The Thin Ice, le portrait de son père est apparu, suivi de différents individus, connus ou non. Ce sont souvent ces photos simples qui ont eu le plus d'impact ou alors des séquences dans Vera, où l'on voyait des enfants en larmes qui retrouvaient leur père, revenu de guerre. Voilà qui était nettement mieux réussi que les filles qui se voulaient sexy dans Young Lust sans tout à fait l'être...
Nouvelle chanson
Cette nouvelle mouture de The Wall comptait aussi l'ajout d'un titre flambant neuf, à la Bob Dylan, intitulé The Ballad of Jean Charles de Menezes. La chanson relate l'histoire de ce jeune Brésilien, identifié à tort comme un terroriste par les autorités londoniennes, qui l'ont abattu dans le métro de huit balles à la tête. L'innocente victime est allée rejoindre les autres, devenues des briques dans le mur...
Après les pièces plus sombres que sont Waiting for the Worms et Run Like Hell, le concert dense et riche en rebondissements s'est achevé sur l'effondrement du mur. Le public, qui a rempli les lieux à pleine capacité, a réservé une longue et vibrante ovation à Waters.
«Vous êtes plus que gentils, vous êtes magnifiques», leur a lancé le chanteur, pour ensuite confier, en français : «Il y a 30 ans, j'étais mauvais, mais j'ai changé! Ce serait impossible pour moi d'être plus heureux que d'être avec vous ce soir!»
Son sourire ne mentait pas...