Denise Guénette offre une version revisitée et actualisée de ses personnages qui ont habité les 25 dernières années de sa carrière, alors qu'elle jouait sur la scène de son propre théâtre, La Pente douce, situé à Saint-Damase, dans la Matapédia.
La projection d'extraits d'émissions de télévision, présentant des entrevues qu'elle a accordées au cours du dernier demi-siècle à différentes personnalités, lui donne juste le temps nécessaire pour faire ses changements de costumes et arriver sur scène avec un nouveau personnage, qu'il soit masculin ou féminin.
Si cela nous permet de la voir avancer en âge, son discours, lui, demeure le même. Avec son humour bien à elle, teinté de rimes et de vaudevilles, Denise Guénette décroche les éclats de rire, tout en invitant subtilement son public à réfléchir.
«Quand on s'arrête à regarder comment ses textes sont construits, on sent qu'il y a tout un travail d'écriture et de réflexion, commente Jean Bouchard, un spectateur de Matane. Il y a de belles trouvailles dans ses jeux de mots.» «Elle finit par me faire éclater de rire et, parfois, elle me fait presque pleurer», ajoute une autre spectatrice de Matane, Jeanne Côté qui, d'habitude, admet ne pas être attirée par ce genre de théâtre ou d'humour. «Réussir à faire rire sur la vieillesse, l'Alzheimer et la mort, c'est quelque chose!»
Aucun des personnages qui défilent devant le public ne sont nouveaux. «J'ai tenu à faire mes classiques parce que, moi-même, quand je vais voir un artiste, j'espère qu'il fera ses pièces populaires», soutient Denise Guénette, à l'issue de la première de sa saison, présentée vendredi soir.
Clins d'oeil à l'actualité
Certains de ses personnages ont été actualisés, ne manquant pas de faire allusion aux manifestations étudiantes et à la loi 78. «Tout ce qui bouge est illégal», dira le constable Blondin qui, en plus d'abuser de son pouvoir, est corrompu. «L'infirmière a dit qu'à l'urgence, comme on était plus de 50 personnes, c'était un attroupement illégal», clamera-t-elle plus loin, dans la peau d'un homme ivre.
«Est-ce qu'on peut dire que c'est de l'humour engagé? se questionne l'enseignante à la retraite Jeanne Côté. Ce sont plutôt des clins d'oeil parce qu'elle ne prend pas position. Elle ne dit pas qu'elle est pour ou contre.»
La comédienne a aussi ressorti son personnage d'Elvis qui requiert toute une énergie pour la septuagénaire puisque, tout en chantant, elle doit bouger et se déhancher. «Des fois, quand je pense que je fais Elvis..., laisse-t-elle tomber en affichant un large sourire. Si j'entendais ça, ailleurs, qu'une bonne femme de 73 ans fait Elvis, je n'en reviendrais pas! Je n'y pense pas que j'ai 73 ans, mais je l'ai pareil!» D'ailleurs, Jeanne Côté et Jean Bouchard se disent fascinés par l'énergie dont fait preuve Denise Guénette. «Le public lui donne beaucoup d'énergie», estime M. Bouchard.
Pour quelques numéros, le conjoint de Mme Guénette, Gilles Vézina, vient lui prêter main-forte, soit en chantant, soit en incarnant certains personnages. Leur complicité et leur plaisir de jouer ensemble sur scène sont palpables.