Le Mouvement national des Québécois évalue la foule à 150 000 personnes «passantes» sur les Plaines, est-on venu nous annoncer à la table de presse vers minuit. On pouvait facilement diviser par quatre, et encore, en étant généreux.
Le spectacle? Convenu, relativement bien mené [pour la télé], dynamisé heureusement par la présence de Loco Locass, qui a injecté de bonnes doses d'électricité dans la foule à chacune de ses présences. Paul Piché a aussi été responsable de beaux moments qui ont, presque tendrement, soulevés la foule un peu molle. Marie-Mai, visiblement aimée des jeunes fans, a suscité quelques cris. Mais dans l'ensemble, la foule a eu droit à un spectacle plus tiède que grandiose.
Pourtant, avec toutes les émotions qu'a réveillées la crise sociale qui secoue le Québec, les organisateurs de la fête avaient le tremplin rêvé pour faire de la soirée un moment rassembleur et historique. Une chance qu'ils ont laissée passer avec des textes boiteux à l'humour plat pour Gildor Roy, à l'animation, et avec l'habituelle alternance de pots-pourris et de chansons du moment, un concept qui a fait son temps depuis belle lurette. Pour attirer les foules sur les Plaines la nuit du 23 juin, il va falloir leur donner quelque chose de drôlement plus audacieux et festif sur scène.
Propos engagés
Au début du spectacle, Gildor Roy a lancé, blagueur: «On a eu un gros printemps, on s'est pas mal chicané, beaucoup chicané [...] on a eu une vraie confrontation entre la gauche et la droite. Même moi, des jours, je porte à gauche, d'autres, à droite.»
Fervents militants, Paul Piché et Loco Locass portaient le carré rouge. Le trio est toutefois demeuré prudent pendant le spectacle télévisé, laissant parler ses chansons, gardant les déclarations plus éclatantes pour le spectacle de nuit. Paul Piché, en voix et en forme, s'est montré plus loquace sur la question nationale et sur la crise printanière.
Il faut dire que les organisateurs lui avaient confié l'écriture et la lecture du discours patriotique qui suivait les saisons. «L'automne, les Québécois montrent leurs couleurs»; l'hiver, «ils laissent le temps au temps. Parfois un peu trop», a continué Piché, bifurquant sur le «printemps québécois», et la phrase la plus engagée de la portion télévisée du spectacle: «Imaginez le printemps dans un Québec indépendant.» La foule a crié... un peu.
Côté chansons, les artistes ont débuté avec Mon Joe, classique des feux de camp, puis ça a levé avec Les géants de Loco Locass et Souvenirs en mitraille de Dumas. Andrée Waters y est allée de chansons de son plus récent album à saveur country, Marie-Pier Arthur était plutôt discrète, Lisa LeBlanc a servi le décidément rassembleur Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde. Gildor Roy, s'est permis de chanter son classique, Une autre chambre d'hôtel... Bref, peu de moments forts, malgré quelques bons coups.
Spectacle de nuit
En chiennes de travail bleues, marquées par un drapeau du Québec en blanc, un carré rouge et une ceinture fléchée, Batlam, Biz et Chafiik ont invité La Montagne rouge, ce collectif d'étudiants en design graphique de l'UQAM qui s'est donné pour mandat de créer une signature visuelle originale au mouvement étudiant, à produire des sérigraphies en directsur scène.
Le trio a servi des pièces de leur plus récent album, Le Québec est mort, vive le Québec, dont Le mémoire de Loco Locass et Occupation double, déjà chantées dans le spectacle télédiffusé. Il faut dire qu'il y avait eu un bon roulement de spectateurs, que la foule s'était densifiée et avait rajeuni un brin. L'ambiance commençait à être meilleure, et personne ne pouvait se plaindre de ne pas avoir d'espace pour danser.
Pendant sa reprise réussie de Tout le monde est malheureux, le trio a brandi des fanions à l'effigie de Gilles Vigneault, puis a enchaîné les chansons engagées de son répertoire, dont Wendigo, Maison Et Idéal, Hymne à Québec et, pour finir, Libérez-nous des libéraux, qu'ils avaient chantée aux Francofolies accompagnés des leaders étudiants, qui ne sont pas montré le bout du nez samedi.
Puis la pimpante Raffy a alterné ses chansons et les reprises, comme Passe-moé la puck des Colocs, Vivante de France D'Amour et Une pilule, une p'tite granule. Le groupe Van the Kamp a clos la soirée, pendant que les spectateurs pour la plupart éméchés allumaient des feux avec les verres de plastique ou songeaient à rentrer.