La tournée nord-américaine de Marillion arrive à un curieux moment. Le plus récent album de matériel original, Happiness Is the Road, remonte à 2008 et le tout nouveau, Sounds That Can't Be Made, n'est pas encore paru - il sera lancé en septembre. Aussi la formation de rock progressif a-t-elle décidé de proposer un périple à travers son répertoire. Elle a remonté jusqu'au milieu des années 80...
Apparaissant seul, à l'une des corbeilles de l'Impérial, Steve Hogarth a immédiatement donné le ton au concert en entonnant Splintering Heart. Bien en voix, il a lancé quelques fleurs à la foule avant d'aller rejoindre ses comparses. On a rapidement pu constater que Steve Rothery (guitares), Mark Kelly (claviers), Ian Mosley (batterie) et Pete Trewavas (basse) affichaient leur habituelle cohésion. Mieux, ils étaient servis par une sono claire, qui permettait d'apprécier les subtilités de leur jeu.
Les musiciens y sont allés de quelques titres brefs et rythmés, dont la pop Cover My Eyes, avant d'entrer dans le vif du sujet avec des chansons plus longues et denses. À ce chapitre, Fantastic Place, tirée de Marbles, a mis la table. Somewhere Else, pour laquelle Hogarth a sorti un porte-voix, s'est achevée sur crescendo diablement efficace. L'incontournable Afraid of Sunlight a tout aussi bien fonctionné, de même que le titre au long souffle qu'est This Strange Engine. Mais c'est assurément la magnifique Neverland, servie en fin de programme, qui aura eu le plus d'impact. Rothery, toujours mélodique à la six-cordes, y brillait, tandis que ses comparses jouaient adroitement sur les nuances, déclenchant invariablement l'approbation du public.
Nouveauté
Dans le lot s'est également insérée une nouveauté, Power, et, précisément au moment où l'on trouvait qu'on était mûr pour un ou deux titres plus légers, quelqu'un a réclamé The Uninvited Guest. Le quintette a dérogé de son programme pour en faire une version fort sympathique, qui a été suivie du vieux succès qu'est Kayleigh - naguère défendu par Fish au micro.
Les gars n'ont pas eu le temps de quitter la scène que le public réclamait déjà un rappel. Il aura été choyé, avec, entre autres, la théâtrale Invisible Man, où Hogarth semblait possédé, la très réclamée Easter et la sous-estimée Three Minute Boy.
Pas de doute, Marillion a donné tout un show, qui aura su combler les fans les plus exigeants. De quoi espérer qu'il ne s'écoulera pas huit ans avant le prochain passage du quintette...
Sun Domingo
La formation américaine Sun Domingo, qui a régulièrement côtoyé Marillion ces dernières années, s'est chargée de chauffer les planches. On ne saurait dire qu'on a été renversé par la prestation. C'est que le répertoire de Sun Domingo, partagé entre le rock et le progressif, est assez inégal, livré par une équipe qui manque de présence.
Les 30 premières minutes étaient constituées de chansons qui n'affichaient rien de très accrocheur, puis, après une reprise prudente de Brain Damage et d'Eclipse, de Pink Floyd, les gars se sont laissés aller davantage. Leurs titres instrumentaux ont eu plus d'impact, bien qu'on sentait les musiciens atteindre parfois leurs limites...