Jan Lisiecki, un surdoué ordinaire

«Ce qui rend la musique intéressante, c'est ...

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«Ce qui rend la musique intéressante, c'est la nouveauté qu'on lui apporte. Il n'y a pas de raison de jouer si on n'y ajoute pas quelque chose de soi-même à la musique.»

Richard Boisvert
Le Soleil

(Québec) Jan Lisiecki n'aime pas qu'on le présente comme un prodige. Considérant les longues heures qu'il a consacrées à la pratique du piano, aux efforts et aux sacrifices qu'il a dû consentir, ce ne serait pas lui rendre justice. Il faut toutefois reconnaître que son cheminement n'a absolument rien de commun avec celui de la moyenne des garçons de 17 ans.

Prenez seulement le contrat de cinq ans que lui a consenti la vénérable Deutsche Grammophon l'année dernière. Le nombre de disques, le choix des oeuvres, c'est lui qui décide de tout. Il a commencé par choisir deux pages archiconnues, les concertos nos 20 en ré mineur et 21 en do majeur de Mozart.

À ceux qui se demandent pourquoi il a choisi des oeuvres dont il existe déjà nombre d'enregistrements réalisés par les plus grands maîtres, Jan Lisiecki répond simplement que toute musique a besoin d'être interprétée pour demeurer vivante, celle de Mozart y compris.

Sous l'épaisse chevelure blonde du pianiste se cache, on s'en doute, une forte personnalité. Premier concert à neuf ans. Débuts à Carnegie Hall à 13 ans. Ses parents, immigrants polonais, ne chantent pas, ne lisent pas la musique. Quand ils ont inscrit leur fils à des cours de piano, à l'âge de cinq ans, c'était pour ouvrir ses horizons. Un an plus tard, il transformait les études les plus sèches en moments de pure beauté, se souvient son premier professeur.

L'assurance du jeune homme de Calgary qui répond au téléphone étonne à peu près autant que la qualité de son français. Où a-t-il appris à le parler aussi bien? À l'école, pardi! «J'ai une facilité avec les langues, explique-t-il. Je parle aussi l'anglais, l'espagnol et le polonais, mais seulement à la maison.»

L'allemand ne saurait tarder. «C'est la prochaine langue que j'apprends», dit celui qui semble n'avoir aucune difficulté à atteindre ses objectifs.

Christian Zacharias, le chef d'orchestre qui a collaboré à l'enregistrement du disque Mozart, parle de Jan Lisiecki comme d'un enfant extraordinairement doué, et tout aussi extraordinairement détendu.

«Il ne faut pas être nerveux, pense le pianiste. Pour moi, tout est arrivé de façon très organique. Je n'ai jamais cherché à recevoir des leçons avec de grands maîtres. Ça s'est passé d'une manière que ma famille et moi ne comprenons pas vraiment.»

Jan Lisiecki joue du piano d'abord et avant tout par plaisir. Même si, dit-il, «il faut travailler beaucoup, répondre aux emails, aller à l'école. Impossible de tout faire moi-même. Ma mère voyage avec moi. Sa vie, c'est ma vie. Mon père reste à la maison. Ce n'est pas facile pour lui.»

Simplicité volontaire

Contrairement aux musiciens de son âge qui jouent des oeuvres rapides et difficiles, lui opte davantage pour la simplicité. La vraie difficulté, c'est de réussir à jouer avec son coeur. «La technique, c'est quelque chose que chacun peut acquérir. Si on pratique assez, ce n'est pas impossible. Ce qui rend la musique intéressante, c'est la nouveauté qu'on lui apporte. Il n'y a pas de raison de jouer si on n'ajoute pas quelque chose de soi-même à la musique.»

À noter qu'à l'occasion de ses débuts au Festival du Domaine Forget, le 12 juillet, Jan Lisiecki interprétera des oeuvres de Messiaen, de Bach, de Martinu, de Mozetich, de Paderewski et de Chopin.

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