Forever Crazy: le corps comme surface de projection

FICHE AGENDA
25 juillet 2012 28 juillet 2012

Forever Crazy

Sur le même thème

Il y a le mythique Moulin Rouge, avec son strass et ses paillettes. C'est une... (Photo Crazy Horse)

Agrandir

Photo Crazy Horse

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Il y a le mythique Moulin Rouge, avec son strass et ses paillettes. C'est une chose. Et puis il y a le tout aussi légendaire Crazy Horse qui en est une autre - plus artistique. La troupe de tournée de 10 danseuses s'arrête pour la première fois à Québec pour Forever Crazy, qui mélange les classiques du cabaret parisien et de nouvelles chorégraphies contemporaines. Des numéros de peinture corporelle où les filles ne sont habillées que de lumières, souligne Andrée Desseinberg.

Depuis 2006, cette fille du Cirque du Soleil (lire l'autre texte) dirige le Crazy Horse et s'est patiemment attaquée à reconstruire son image, qui fait très bon chic bon genre. Notamment en la recouvrant d'un vernis de respectabilité artistique. La directrice générale embauche d'ailleurs, deux ans après son arrivée, le chorégraphe de réputation mondiale Philippe Decouflé.

Il s'agissait de renouveler le répertoire, qui datait d'au moins une vingtaine d'années. «C'est clair qu'il arrivait avec sa légitimité, son aura d'artiste intellectuel de gauche. Qu'il se frotte à un cabaret de danseuses nues, les gens ont fait "wow"! Ça a donné de la crédibilité au Crazy et mis en lumière ce qu'il est : une maison de création et d'artistes.»

L'adaptation ne s'est pas faite en criant «ballet». Le chorégraphe a notamment dû se colletailler avec la signature chorégraphique particulière du cabaret : les danseuses ne doivent pas dévoiler leur entrejambe lorsqu'elles évoluent sur scène. «Il a fini par s'y habituer. Ce fut une belle aventure. Puis après, il est parti au Cirque du Soleil», rigole Mme Desseinberg.

Des seins et des fesses, d'accord, mais pas plus. Du nu chic, quoi. Alors? Andrée Desseinberg défend bec et ongles, mais posément et avec humour, sa revue de danseuses dénudées. Qui reçoit très peu de critiques des féministes, dit-elle. «Le Crazy a toujours été respectable. Ce sont de vrais artistes qui livrent des performances, selon moi, de la même valeur et de la même importance que des choses plus établies. C'est un hommage à la femme.»

«Oui, elles sont nues. Mais quand on voit, on comprend que le corps est traité comme une surface de projection qu'on peint avec des lumières. Ce n'est pas sexuel, mais esthétique et sensuel. Ce n'est pas un spectacle de strip-tease bas de gamme [en effet, les billets ne sont pas donnés]. De nos jours, il y a plus de femmes que d'hommes qui viennent nous voir. On célèbre le corps de la femme. Mais ça nous a pris quelques années à changer cette perception.»

Il y a bien des intégristes catholiques qui se sont énervés récemment, mais il y a un contexte, plaide-t-elle. Le designer Christian Louboutin, réputé pour ses chaussures, a été embauché pour les 60 ans du Crazy pour créer quatre tableaux en vue d'une revue éphémère de trois mois. Pour La pénitente, il s'est inspiré de l'iconographie religieuse du tableau Saint Joseph pénitent conservé au musée du Prado, à Madrid.

On y voit une danseuse sur laquelle sont projetées des croix. «Une partie de ce numéro a été montrée en conférence de presse et les images ont heurté une frange de fondamentalistes. Quelques jours avant, on a reçu des menaces par courriel, mais personne n'est venu manifester. On n'avait pas fait ça dans le but de heurter qui que ce soit. C'était une aventure artistique», se défend Andrée Desseinberg. Le numéro a été maintenu.

Pas de chirurgies

Il n'y a pas que les mouvements des chorégraphies qui sont très étudiés au Crazy. Les filles, choisies dans des castings internationaux, sont examinées sous toutes les coutures - les chirurgies esthétiques sont interdites. Et elles doivent toutes correspondre au même canon : entre 1,68 m et 1,72 m, la mi-vingtaine et un corps sculptural. Voilà pour le format.

Pour ce qui est de la forme, elles doivent - évidemment - être «bonnes danseuses». Ce qui explique que plusieurs ont une formation de danseuse classique. Qu'il faut déconstruire pour ensuite reconstruire à la façon Crazy.

Une fois prêtes, elles reçoivent nouvelle coiffure, accessoires sur mesure et nom de scène : Calin'Ka, Dolly Doll, Hannah Shas Hanah, Rosa Chicago, Yafa Yemalla... «Elles deviennent une autre personne, dans la grande tradition du burlesque», explique Mme Desseinberg.

Comme bien des artistes, les danseuses deviennent accros à l'adrénaline de la performance et aux applaudissements. Sauf que l'âge de la retraite arrive vite. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas l'apparence physique qui est en cause, mais bien le vieillissement du corps. Les filles n'arrivent plus à suivre le rythme des chorégraphies.

«En général, elles partent d'elles-mêmes. Je n'ai jamais eu à le dire [à l'une d'elles]. J'essaie de les accompagner dans la transition vers une autre carrière [certaines au sein du Crazy], mais c'est très difficile de passer de la lumière des projecteurs à l'obscurité», indique Andrée Desseinberg.

La gloire et la beauté sont éphémères...

Vous voulez y aller?

QUOI: Forever Crazy

QUAND: du 20 au 24 juin

OÙ: Le Capitole

BILLETS: de 110 $ à 163 $

RÉSERVATION: 418 694-4444

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer