Michel Legrand: le génie de la dernière minute

Michel Legrand n'a pas dit son dernier mot ni écrit sa dernière note de... (La Presse Canadienne)

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La Presse Canadienne

Richard Boisvert
Le Soleil

(Québec) Michel Legrand n'a pas dit son dernier mot ni écrit sa dernière note de musique. Le compositeur, chanteur, pianiste et chef d'orchestre profite de l'arrivée de ses 80 ans pour entreprendre une tournée avec sa femme, la harpiste Catherine Michel, et pour présenter par la même occasion ses thèmes les plus célèbres dans de nouveaux arrangements. À quelques jours de son passage au Palais Montcalm en compagnie des Violons du Roy, le compositeur de La valse des lilas, d'Un été 42 et des Parapluies de Cherbourg a bien voulu répondre aux questions du Soleil.

Q Michel Legrand, vous avez écrit tellement de musique qu'on ne sait trop par quel bout commencer...

R C'est vrai que j'ai beaucoup écrit. Je suis un artiste créateur vraiment impatient. J'imagine, je pense, je cherche des idées, je lance des concerts, des tournées, des disques. J'ai une grande activité, ce qui fait que j'aime tellement ça, et que j'écris toujours beaucoup, beaucoup.

Q Il vous reste sans doute des défis à relever. Par exemple, vous n'avez encore jamais écrit de concerto pour votre instrument, le piano...

R Je n'ai pas écrit de concerto pour piano. Par contre, je viens de terminer un concerto pour violon il y a une semaine à peine pour le violoniste russe Vladimir Spivakov, qui me l'a commandé et qui va le jouer.

Q Vous avez surtout écrit sur commande au cours de votre vie?

R Je peux même vous dire, en toute honnêteté, que j'ai toujours écrit sur commande. Vous savez, il n'est pas naturel de tourner la page. Quand vous commencez un ouvrage qui n'a pas de date précise d'exécution, vous le gardez toujours sous la main pour le compléter, pour l'améliorer, pour réécrire certains passages. Jusqu'au moment où vous devez le donner et qu'il faut donc le terminer. Là, il vous échappe. Le seul moyen de terminer un ouvrage, c'est de l'avoir sur commande.

Q Donc, si vous n'avez pas écrit de symphonie, c'est parce qu'on ne vous en a jamais commandé?

R C'est vrai. Et si un jour un orchestre me demande une symphonie, peut-être que je vais l'écrire. Ils vont me dire : «Le 14 novembre, on la joue.» Eh bien! elle sera prête le 14 novembre. C'est comme ça qu'on travaille. Quelques fois, les grands solistes me demandent une musique en me disant : «Vous me la donnerez quand elle sera prête.» Elle ne sera jamais prête. Elle sera toujours en chantier.

Q C'est ce qui explique que votre production soit si abondante au cinéma?

R Bien sûr. Au cinéma, on a des dates butoir très, très précises. Et souvent, il faut écrire très vite. J'aime bien travailler à la dernière minute. On n'a plus la tentation de gommer, de raturer, de recommencer. Quand on s'y prend à la dernière minute, il ne reste plus que le temps d'écrire l'ouvrage.

Q Est-ce que, dans de telles conditions, il y a eu des musiques plus difficiles à trouver?

R C'est certain. C'est un métier très étrange. Vous cherchez quelque chose d'original qui marche formidablement avec le film. Il faut beaucoup essayer, beaucoup se tromper, jusqu'au moment où on pense avoir trouvé une idée magnifique. J'ai passé ma vie à chercher l'originalité au cinéma. Je n'ai jamais écrit un film avec une musique comme tout le monde pouvait l'attendre. J'ai toujours surpris les gens.

Q Vous avez écrit tant de belles chansons, et très souvent pour des films...

R Presque toutes ces chansons viennent de thèmes de films sur lesquels on a mis des paroles après, que ce soit Été 42 ou The Windmills of Your Mind.

Q Vous voulez dire que la musique vient toujours avant les paroles?

R Presque toujours. Quand on a écrit Yentl avec Alan et Marilyn Bergman, où il y a tout de même 17 chansons, j'ai écrit les musiques d'abord la plupart du temps, sauf une fois ou deux.

Q Vous avez connu des tas de chanteurs et de chanteuses. Vous pourriez nommer votre voix préférée?

R Barbra Streisand, oui. C'est la plus formidable, c'est la plus douée de toutes!

Q La chanson dont vous êtes le plus fier?

R Je suis fier de toutes mes chansons, je n'ai honte d'aucune, pour diverses raisons. Je les aime toutes, comme on aime tous ses enfants.

Q Il y a des musiques que vous auriez aimé avoir composées vous-même?

R Beaucoup! Il y a des musiciens de cinéma que j'adore, comme par exemple John Williams. John est un très grand ami à moi. On est vraiment comme deux frères. Vous avez vu le film de Spielberg qui s'appelle Always? Il a écrit une partition tout à fait magnifique. Il y a aussi une partition de Morricone que j'adore, c'est Mission. Bien sûr, j'aurais aimé les écrire. Mais je me régale quand même, parce que ce qu'ils ont écrit est tellement beau.

Q Une chanson que vous admirez?

R Avec le temps de Léo Ferré. Je trouve que c'est la plus belle jamais écrite. C'est extraordinaire. On ne peut pas tout écrire. Heureusement, on a des amis qui le font.

Vous voulez y aller?

Quoi: Les Violons du Roy fêtent Michel Legrand

Où: salle Raoul-Jobin

Quand: les 7 et 8 juin à 20h

Billets: 58,50 $ à 69,50 $

Tél.: 418 641-6040

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