Le Festival d'été condamné à se réinventer

En Amérique du Nord, même si certains festivals comme celui de Coachella... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Le Soleil, Laetitia Deconinck

<p>Nicolas Houle</p>

Nicolas Houle
Le Soleil

(Québec) En Amérique du Nord, même si certains festivals comme celui de Coachella (Californie) poursuivent leur croissance, le ressac de la situation européenne se fait sentir. Le Orlando Calling a décidé de sauter une année, et des événements de moyenne taille disparaissent, comme l'a fait le Lake Tahoe Music Festival après 29 ans d'existence. Chez nous, le Festival d'été de Québec (FEQ) doit-il songer à se réinventer une nouvelle fois?

«On a un fonctionnement assez similaire en termes artistiques, et il y a de fortes chances que ça vous touche», prévient Loïck Royant, à la tête des Vieilles Charrues, en France. «Ces artistes-là sont mondialement connus, donc cette rareté des grosses têtes d'affiche, il est normal que vous la ressentiez aussi.»

Durant les années 80 et 90, le Festival d'été avait mis sur pied un modèle gratuit ou presque, misant sur des artistes québécois, qui a été imité et reproduit un peu partout en province. Puis, la formule a fait son temps et le public s'en est désintéressé. À partir de 2004, le FEQ s'est tourné vers les vedettes internationales, et le succès est revenu. Cette approche a rapidement été reprise, que ce soit par le Festivent de Lévis, l'International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu ou encore Sainte-Agathe en feux... Y aura-t-il de nouveau un essoufflement? Le directeur général du Festival, Daniel Gélinas, ne se met pas la tête dans le sable.

«Au bout de ce cycle-là, ça va peut-être redescendre, je ne le souhaite pas, mais il y a quand même une période de maturité qui va perdurer et après, peut-être dans cinq ou six ans, il y aura une remise en question. Il va peut-être y avoir une usure, et il va falloir repartir et reconstruire.»

M. Gélinas rappelle que l'une des forces de l'industrie artistique est qu'elle se renouvelle constamment, avec l'arrivée de nouveaux visages. Par ailleurs, le FEQ a la chance d'avoir derrière lui une longue histoire de 45 ans et d'avoir développé une marque de commerce, tant par son type de programmation que par ses différentes installations, dont la scène des Plaines. C'est d'ailleurs par sa personnalité que l'événement compte continuer de se distinguer dans un contexte où obtenir des artistes en exclusivité est devenu très coûteux.

«Il y a des événements comme le FEQ où les artistes veulent revenir et il y a des événements qui ont deux ans et où les artistes sortent de là en disant : "Une chance qu'ils avaient de quoi nous payer, car la technique et l'accueil faisaient défaut"», affirme le coordonnateur à la programmation, Louis Bellavance. «Ça aussi, ça va avoir un gros impact [à moyen et à long terme].»

M. Bellavance soutient que juste en se reposant sur les artistes qui souhaitent visiter une nouvelle fois le Festival d'été, il aurait pu boucler sa programmation dès janvier, or il souhaite surprendre le public.

«Il n'y a pas un festival qui nous met plus de pression que les deux qu'on vient de faire...»

High tech et hologrammes

Les défis que doivent relever les festivals ne font pas que des malheureux. Les mélomanes, mieux servis que jamais, en sortent grands gagnants.

Alors qu'à une certaine époque, les festivaliers se plaignaient d'être traités comme du bétail, on s'efforce aujourd'hui de les chouchouter. Outre les stars qu'ils leur proposent, les organisateurs s'efforcent d'arriver avec une meilleure sonorisation, de grands écrans, de la nourriture de qualité, des accès Wi-Fi et combien d'autres éléments.

Serge Grimaux est à la tête du réseau de billetterie Ticketpro et de la firme Intellitix, à laquelle on doit les bracelets à puce RFID qu'utilisent entre autres le Festival d'été, Bonnaroo (Tennessee), Coachella (Californie) et Lollapalooza (Chicago). Permettant une entrée sans fraude, ces laissez-passer peuvent aussi être utilisés comme carte de paiement et même permettre d'interagir avec un artiste par l'entremise d'une borne prévue à cet effet et d'un téléphone intelligent.

«Bon an, mal an, les événements qui continuent à être présents sont ceux qui ne s'attardent pas seulement à la programmation, mais à l'expérience des gens qui viennent au festival», juge M. Grimaux.

Nombre de promoteurs ont appris à diversifier leur offre pour enrichir le volet musical d'arts visuels, d'humoristes ou de théâtre. Cette année, Coachella a même offert une spectaculaire performance du défunt Tupac, ressuscité sous forme d'hologramme le temps de deux chansons.

Pour les mordus, les laissez-passer sous forme de bracelets prennent l'allure de trophées de chasse et bien des organisations en soignent l'apparence. Preuve que l'aventure d'Intellitix et de sa technologie est prisée, la société montréalaise qui avait activé 250 000 bracelets dans trois événements en 2010 pourrait en activer jusqu'à cinq millions cette année dans de 30 à 40 festivals.

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