«Quand le Cirque m'a demandé de monter un hommage aux femmes, je me suis dit que ça ne devait pas être un spectacle au propos féministe, note Mme Paulus. Pour moi, le théâtre doit être de l'émotion, une histoire et du coeur. J'ai donc voulu faire un spectacle avec de grands personnages féminins. C'est ce qui m'intéresse. Mais d'avoir une équipe composée à 70 % de femmes, ça, c'est féministe!»
Entre l'athlétique et le lyrique, la force et la douceur, les extraits du spectacle présentés aux médias mercredi augurent plutôt bien pour cette 32e création originale du Cirque du Soleil, dont la première mondiale aura lieu à Montréal le 19 avril. Sous le chapiteau installé au Vieux-Port, on a pu découvrir un décor inspiré des plumes du paon, une ouverture poétique où une reine magicienne donne vie à un foulard, une princesse pétillante qui alterne les prouesses en équilibre sur cannes et un gracieux ballet aquatique dans un bol d'eau.
A suivi un décoiffant chassé-croisé sur des barres asymétriques où des Amazones musclées donnent des allures guerrières à cette discipline de gymnastique. On est loin ici de l'héroïne qui attend son preux chevalier! Dans ce qu'on a vu mercredi, les hommes tenaient plutôt un rôle de soutien... Mais Amaluna réserve aussi à ces derniers des défis intéressants, tient à préciser Diane Paulus. La priorité demeure toutefois de présenter des numéros qui mettent en évidence «la performance féminine» et «l'univers féminin», avance le directeur de création du spectacle, Fernand Rainville. Le segment des barres asymétriques présenté mercredi, conçu spécialement pour ce spectacle et sur lequel les artistes planchent depuis le mois d'août, est selon lui un bon exemple.
«Moi, quand je vois autant d'artistes féminins, il se dégage quelque chose : une sensibilité, un regard, une ouverture... Il y a un statement qui se fait, précise-t-il. C'est sûr qu'à voir toutes ces femmes sur scène, il y a forcément quelque chose qui se dit. Mais ce n'est pas un spectacle revendicateur ou pamphlétaire.»
De Broadway au Cirque
Doté d'un budget de près de 27 millions$, Amaluna nous amène sur une île peuplée de déesses, où un rituel est organisé pour souligner le passage à l'âge adulte de la princesse Miranda. Une tempête amènera un groupe d'hommes qui viendront bouleverser l'équilibre de la communauté. Et la princesse ne sera pas insensible aux charmes de l'un d'eux. S'ensuivra une quête pour les tourtereaux, qui devront faire face à plusieurs épreuves, prétextes aux numéros mettant en valeur les arts du cirque.
Un peu comme KÀ, le spectacle mis en scène par Robert Lepage à Las Vegas, Amaluna est doté d'une trame narrative forte, précise Fernand Rainville. Le directeur de création ajoute que cette préoccupation était particulièrement importante pour la metteure en scène Diane Paulus, qui a laissé sa trace à l'opéra ou sur Broadway.
Notons également le souci particulier accordé à la trame musicale du spectacle, qui marque un virage plus rock pour le Cirque. «C'est dynamique, résume Fernand Rainville. On s'est éloigné de tout ce qui est musique world et qui a été notre créneau pendant longtemps. C'est un tournant...»
Les femmes à la rescousse
L'idée derrière la création d'Amaluna viendrait d'une phrase lancée par le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, à la metteure en scène Diane Paulus. «Il a dit que si les femmes étaient en charge de la planète, probablement que la planète serait en meilleur état», a raconté mercredi le président et chef de la direction du Cirque, Daniel Lamarre, après la présentation qui a semblé bien lui plaire. «Ma grande satisfaction, c'est le numéro des barres asymétriques, parce qu'on l'a inventé de toutes pièces, a-t-il commenté. L'équipement n'existait pas, il a fallu le créer. Les gens ne réalisent pas qu'on fait beaucoup de recherche et développement. C'en est la démonstration.» Les derniers mois n'ont pas apporté que de bonnes nouvelles au patron du Cirque, avec la fin prématurée de spectacles implantés en Chine et au Japon. Sous le chapiteau jaune et bleu, on fonde donc beaucoup d'espoir dans les déesses d'Amaluna. «On est très contents, assure M. Lamarre. On a eu un gros défi l'année dernière. Avec le tsunami au Japon, ç'a été une année difficile. Là, on reprend notre souffle.»